Les fellahs algériens ; des affres de la spoliation coloniale aux hantises du libre marché. PDF Imprimer Envoyer

Mohamed CHABANE

 

Résumé

Le poids du secteur agricole en Algérie n’a pas cessé de se détériorer depuis 1962, date de l’indépendance du pays. Nombreux sont les spécialistes de la littérature consacrée à l’histoire de l’agriculture algérienne qui avancent l’absence d’une politique agricole réfléchie comme cause principale à la situation de sa décadence. Cependant, la dégradation du secteur peut être également imputée à la marginalisation d’une importante frange sociale qui a un poids considérable dans tout développement. Les paysans. En Algérie, ceux-là subissaient de rudes conditions et vivaient dans des circonstances pénibles notamment durant la période coloniale dans l’attente d’un lendemain meilleur. Ce texte propose de passer en revue les conditions dans lesquelles vivaient les fellahs en cette époque.

 

Mots clés

Agriculture, paysans, colonialisme, Algérie, spoliation

 

Introduction

Avant 1962, date de l’indépendance de l’Algérie, le secteur agricole assurait de hautes performances et jouissait d’une réputation d’un secteur majoritairement exportateur, grâce à des politiques d’infrastructures de base, à des politiques de soutien de toutes sortes et à un mode d’organisation technique très avancé. En 1954, l’Algérie était le 2ème fournisseur de la France en matière de produits agricoles. La même année, à la veille de la guerre de l’indépendance, le domaine rural colonial représentait en terme financier, un capital d’environ 600 milliards de Frs (soit, 2159 milliards d’€ de 2008[1]), avec un revenu net annuel de 93 milliards pour ses exploitants (soit, 335 milliards d’€ de 2008). Ainsi, l’activité présentait une manne d’or pour les propriétaires et les actionnaires des sociétés agricoles[2].

C’est par le biais de ce secteur que la plupart des Colons ont bâti leurs richesses et édifié leurs fortunes. L’agriculture algérienne était considérée comme le secteur clef de l’économie française et sa prédominance a relégué les activités industrielles au second rang. L’industrie n’apparaissait que dans d’infimes branches où l’importation se révélait insuffisante. Pour cela, et à partir de 1954, les autorités françaises tentaient de promouvoir une politique de développement industrielle (ce secteur contribuait à hauteur de 27% au PIB en 1950 comme en 1958) notamment dans le cadre de plan de Constantine 1959-1963[3].

Une telle situation du secteur agricole et un pareil niveau de développement à la veille de l’indépendance, devraient lui réserver un sort fleurissant. Malencontreusement, les transformations perpétuelles et les restructurations persistantes, les nouveaux modes d’organisation et les réformes à caractères bureaucratiques d’après l’indépendance ont amené ce secteur à une situation rudement compliquée et complètement bloquée. En effet, depuis l’indépendance, plusieurs politiciens, économistes et technocrates, influencés par les idées de la stratégie algérienne de développement - basée prioritairement sur l’industrialisation - avaient mené des politiques encourageant l’idée de faire du secteur industriel, un secteur de base dans l’édification de l’économie algérienne, au détriment du secteur agricole.

La stratégie de développement algérien qui représentait selon dEVillers[4] « un grand pas en avant dans l’orientation socialiste du pays » privilégiait l’industrie lourde au prix de colossaux investissements matériels, qui est supposée entraîner l’industrie légère en aval. « Un type de stratégie qui a l’ambition de réaliser un auto-centrage intersectoriel » indique E. ADISSON[5]. C’est le fondement même de la théorie des « industries industrialisantes[6] ».

Cette stratégie de développement censée être menée par ses fondateurs, mais surtout, appliquée par des individus issus d’une société majoritairement paysanne. Hélas, une erreur monumentale. La paysannerie algérienne n’était prête ni intellectuellement ni même moralement pour assumer ce nouveau statut et moins encore pour appliquer les directives de la nouvelle stratégie de développement, œuvre de Gérard Destanne de Bernis[7].

Si de nombreux spécialistes de la littérature consacrée à l’histoire de l’agriculture algérienne[8] affirment que l’absence d’une politique agricole réfléchie depuis l’indépendance est la cause principale de la situation de sa décadence, la dégradation de celle-ci peut être imputée également à la marginalisation d’une importante frange sociale qui a un poids considérable dans tout secteur agricole. Il s’agit bien évidemment des paysans.

Les paysans, principale classe des sociétés sous-développées dont toute stratégie doit se fonder autour, ont été marginalisés, déconsidérés et surtout exclus du système en Algérie. Cela ne date pas d’après indépendance, mais il remonte à l’époque coloniale, où ils vivaient des conditions difficiles et pénibles dans l’attente d’un lendemain meilleur. La misère vécue pendant cette période, écrit A. Ben Bitour, « a engendré des traces indélébiles dans la conscience collective des paysans algériens qui risquent de durer longtemps[9] ».

En 1960, les trois quarts de la population algérienne faisaient parti des classes prolétariennes qui pouvaient être qualifiés de pauvres, souligne J. Le COZ[10]. La moitié du quart qui restait se constituait des petits exploitants qui s’auto-suffisaient et l’autre moitié se formait de la moyenne et la grande bourgeoisie d’origine rurale ou citadine.

L’espoir porté par cette tranche populaire était immense. Leur objectif consistait avant tout à améliorer leurs conditions de vie, d’avoir des terres pour travailler et d’augmenter leurs revenus, mais surtout leur rendre justice après le départ des Colons, pour effacer les traces d’une torsion considérable dans l’allocation des ressources, dans la distribution des terres disponibles et des revenus. Une distorsion, rappelle M. Mazoyer[11] qui a eu comme principales conséquences un chômage massif et une paupérisation grandissante des couches les plus dépourvues des fellahs.

Le texte qui suit se veut un exposé qui tente de déterminer les phases de la dépossession des terres ainsi que les différentes manifestations de tourment qu’enduraient les fellahs à l’époque coloniale.

 

1. La dépossession des fellahs par voie militaire

Aux premières années de l’occupation française, l’agriculture coloniale se basait sur la force militaire pour se constituer[12]. L’évolution du nombre des propriétés coloniales (avec des surfaces moyennes relativement élevées de 60 à 125 hectares) s’explique durant cette période, par l’expropriation des biens et des terres des tribus notamment par des décisions et des arrêtés de l’Etat.

Vers 1834, ce sont plus de 20 000 personnes qui ont quitté les environs d’Alger, entre celles qui se sont expatriées et celles qui ont fui le chômage vers l’intérieur du pays[13]. « C’est une période de spoliation, de répression et d’exploitation, annonciatrice de profonds bouleversements structurels, tant sur le plan matériel qu’humain […] » note A. Mehssas[14].

Cette confiscation des terres était dans son début, une réponse à l’aide fournie par de nombreuses tribus aux résistants algériens qui ont tenté de multiples mouvements d’insurrection dans quelques régions du pays[15]. A titre d’exemple, les villages qui avaient prit une part active à l’insurrection de 1871 en Kabylie durent payer une contribution de guerre de 32 millions d’anciens Frs ; 500 000 hectares furent séquestrés et réservés aux besoins de la colonisation[16]. Cette confiscation, explique D. SARI[17], « était pour la puissance coloniale un moyen pour ruiner les paysans et mettre un terme à la résistance des masses populaires ».

Ceci a engendré l’évolution des superficies cédées par l’Etat aux colons européens comme nous le constatons à travers le graphique (2) de la page suivante. Ainsi écrit S. AMIN[18], «nous assistons, à une tentative de francisation violente de la société algérienne […] une colonisation qui a affaibli amplement les paysans, puisqu’elle leur a escamoté leurs richesses soit par l’arrachement et l’enlèvement des terres, soit par le canal des impôts […] ».

L’Etat français transférait ces impôts sous forme de subventions au profit des colons afin de les encourager à s’installer en Algérie, au détriment des fellahs qui voyaient quant à eux, la diminution incessante de leur production annuelle.

Cette situation va créer une distorsion flagrante entre des Colons de plus en plus riches et des fellahs extrêmement pauvres. C’est le début d’un dualisme dans le secteur agricole qui va subsister très longtemps, au-delà même de la période coloniale.

L’agriculture algérienne se constituait donc de deux secteurs. Le premier dit « moderne », entre les mains des européens et les gros propriétaires locaux, issus de la noblesse militaire et religieuse de la société algérienne précoloniale. Il disposait de grandes exploitations et s’est développé sur les riches terres du littoral et les hauts plateaux les mieux arrosés.

D’après le recensement agricole de début des années 1950, prés de 22000 exploitants européens possédaient 29% de la superficie agricole utile, soit 2,8 millions d’hectares, 6400 colons exploitaient 87% des terres de la colonisation comme nous le constatons à travers le tableau (01) qui retrace l’évolution de la propriété moyenne des colons en Algérie entre 1905 et 1954.

A la fin de la période coloniale, le revenu net du secteur agricole colonial représentait 68% du revenu total de l’agriculture algérienne[19]. Le potentiel de production par travailleur dans ce secteur était cinq fois plus supérieur à celui du deuxième secteur dit « traditionnel ». Un secteur occupé majoritairement par des fellahs extrêmement pauvres, qui se situait sur des terres marginales où les moyens du travail utilisés étaient souvent archaïques et rudimentaires.

 

Tableau (1) : Evolution de la propriété moyenne des colons en Algérie entre 1905 et 1954.

Année

Nombre des propriétés

Superficies en ha

Moyenne en ha

1905

28 300

1 658 000

60 ha

1930

26 153

2 345 000

95 ha

1954

21 650

2 818 000

123 ha

Source : A. Henni, la colonisation agraire et le sous développement.

 

 

2. Après la confiscation militaire, l’ère de la spoliation par voie « légale »

Après cette confiscation forcée, le fellah algérien va connaître une période d’expropriation et de séquestre « légale » qui va durer jusqu’à la fin de la première guerre mondiale. A. Ben Bitour[20], indique que des mesures de cantonnement prises par l’Etat français entre 1847 et 1863 ont surtout eu pour objectif de rendre les terres des paysans plus disponibles pour la constitution des fonds fonciers par les colons, afin de leur faciliter l’accumulation du capital.

Les indigènes[21], accoutumés à des droits d’usages assez compliqués, héritant des lois foncières majoritairement turques, ignoraient totalement la notion de la propriété privée. Ils découvraient des lois et des législations qui ont détruit d’un seul coup la pyramide des droits qui avait assuré jusqu’alors la subsistance du modeste cultivateur en empêchant que la terre circule librement entre acquéreurs[22].

Après le Sénatus-consulte d’avril 1863, par lequel les tribus de l’Algérie était déclarées propriétaires des territoires dont elles avaient la jouissance, les fellahs, soumis au code de l’indigénat[23] voyaient leurs terres confisquées par les nouveaux colons européens qui peuplaient continuellement le pays[24].

Bien que ce Sénatus-consulte stipulait dans son article premier que : « les tribus de l’Algérie sont déclarées propriétaires des territoires dont elles ont la jouissance permanente et traditionnelle, à quelque titre que se soit », toutefois, il demeurait vague et confus dans la détermination des terres, mais surtout, indique D. SARI[25], il demeurait « la cause principale et décisive de la désagrégation sociale en Algérie ».

La loi du 28 avril 1887, appelée également le petit Sénatus-consulte, venait prolonger par ses articles, le sénatus-consulte de 1863[26], en procédant à la délimitation des tribus, à la formation des douars [27]et au classement des terres selon la nature de leur propriété. Se définissaient alors les statuts, les catégories de droit qui régissaient les biens fonciers ; domaine de l’Etat, biens communaux, biens collectifs, propriétés privées. Concernant les parcours, toutes les parties boisées sont rattachées au domaine de l’Etat avec un droit d’usage limité pour les populations voisines. Encore une loi[28] qui a divisé un peu plus le foyer algérien et les liens familiaux et a détruit une organisation sociale, longtemps fondée sur l’indivisibilité et l’inaliénabilité de la propriété foncière[29].

Cette loi était précédée par la « loi Warnier » du 26 juillet 1873, qui a soumis quant à elle toutes les terres sous l’égide de droit français. Dans son article premier, la loi Warnier stipule que « l'établissement et la conservation de la propriété foncière en Algérie ainsi que le transfert contractuel des biens et droits immobiliers sont soumis à la législation française quels qu'en soient les propriétaires ». Cette loi admit en conséquences, la privatisation des terres et l’ouverture du marché foncier[30], et rejette catégoriquement toute transaction, accord, droits réels ou décisions, élaborés sous la législation musulmane ou tribale.

Le message voulu par l’Etat colonial était claire ; toutes les opérations foncières effectuées dans le passé, qui seraient en contradiction avec le droit français, étaient donc, purement et simplement annulées. « La loi du colon »[31] a radicalement bouleversé la structure de la campagne algérienne [32] en ouvrant grand la porte aux opérations de cession et de spéculation sur les terres au profit des Européens[33]. Ceux-ci ont acquis et porté leurs possessions à près de 432 388 hectares les années suivantes l’établissement de cette loi comme nous pouvons le constater à travers le graphique (02).

Les vingt dernières années du XIXème siècle sont considérées comme « l’âge d’or » de la spéculation foncière indique D. Sari[34]. « C’est également le moment tant rêvé par les hommes de loi et les hommes d’affaires français qui vivaient en Algérie pour bâtir des richesses et augmenter leurs fortunes » écrit l’auteur.

Entre 1873 et 1887, dans le but de mieux renforcer cette « confiscation réglementaire », « un déluge de lois, décrets, circulaires ministérielles, arrêtés préfectoraux, s’abattaient sur zones rurale, outrageant le droit coutumier et expropriant les fellahs qui se trouvaient par conséquence rejetés sur les mauvaises terres ou sur les steppes semi-désertiques » écrit D. Lesbet[35]. C'est ainsi que les colons européens sont devenus en 1930 propriétaires de 2,72 millions d’hectares, représentant 27% environ des propriétés agricoles, toutes situées dans des zones extrêmement fertiles : Mitidja, Oued Fodda, Houd Chélif, Bel-Abbas, Annaba, Média, Skikda, Ghilizane, Mestghanem, Tiaret, Mascara… etc.

Après l’ouverture du marché foncier et la libéralisation des transactions foncières, grâce à ces lois, l’achat est devenu un autre "moyen" important qui a permis aux Colons de s’accaparer de plus en plus de terres[36] dont les prix payés pour les vendeurs ne reflétaient en aucun cas les prix du marché.

Pour mieux comprendre ce mécanisme de « dépossession des terres par l’achat », nous reprenons, un exemple de la réalité qui s’est déroulé dans la ville de Mostaganem, utilisé par plusieurs historiens qui ont étudié le régime foncier de cette époque afin d’illustrer et pour mieux expliquer le phénomène. D’après L. Deslinières[37] : « 513 familles possèdent 292 ha[38] dans l’indivision. Un étranger achète pour 20 Frs - équivalent d’un quintal de blé environ -une part infinitésimale de la propriété indivise et réclame la licitation. La procédure occasionne pour les Algériens 10 994 Frs de frais judiciaires. Finalement la propriété est adjugée à cet étranger pour 80 Frs. l’opération est menée de main de maître. Le bilan de cette opération est le suivant : le colon a payé 20+80 = 100 Frs une propriété de 292 ha, soit 0,34 Frs l’ha ou l’équivalent de 1,7 kg de blé par hectare. Les Algériens ont vendu 292 ha pour 100 - 10 994 = - 10 894 Frs (moins dix mille huit cent quatre vingt quatorze), soit - 37 Frs l’hectare. Ils ont perdu 10 994 Frs en frais judiciaires et 11 094 Frs en terre, soit 22 088 Frs. La communauté a été dépouillée de sa terre et de son argent».

Au cours de la période entre 1885 et 1889, il a été recensé 1086 opérations de vente et achat de terres relevant des tribus, 666 opérations de dépossession et 343 opérations de vente par autorisation délivrée sur la base de l'article 822 du code civil français, lequel stipule : « s'il s'avère impossible de procéder au lotissement du bien immobilier de manière convenable, il est nécessaire de promulguer une décision autorisant la cession […][39] ».

Des situations similaires ont provoqué la perte des terres des fellahs au profit des Colons qui les achetaient à des prix très bas malgré les tentatives de résistance des paysans qui consistaient à racheter les terres aux colons ou à ne faire des transactions qu’entre Algériens. Ces derniers, gangrenés par la paupérisation et la pauvreté ont nourri eux-mêmes le marché foncier au profit de colons, par la vente de leurs terres, afin d’assurer leurs existences.

« L’appropriation de la plupart des plaines par des décisions administratives ou même par l’achat des terres par les colons a contribué au déracinement de la population paysanne amputée d’une large partie de son support foncier et refoulée de toute part par la colonisation », note P. Bourdieu[40]. Le fellah, impuissant de suivre la cadence des changements impliqués par le mécanisme du marché foncier, se retrouvait incapable de pouvoir acheter des propriétés licitées (dont les frais d’attribution s’élevaient entre 70 et 80 Frs en plus du prix d’un hectare qui était de 10 à 20 Frs), mais surtout, contraint d’immigrer dans les terres montagneuses et marginales pour tenter de survivre. Ainsi note Lesbet, « les colons firent main basse sur les terrains arables en achetant à vil prix des vastes domaines aux turcs et aux algériens mêmes […]».

Face aux menaces de dépouillement et de saisie, les fellahs, exclus des indemnités promises d’expropriation vendaient aux Européens spéculateurs, leurs biens pour « une aumône »[41]. Le graphique suivant illustre les bas prix reçus par les Algériens pour la vente de leurs terres, et au même temps, la constance de la supériorité des prix d’achat s’ils voulaient récupérer leurs terres des colons sur 80 ans (1880-1920).

 

 

3. La silencieuse glissade de la paysannerie algérienne[42]

L’expansion de la colonisation a encouragé les procédures d’expulsion des fellahs de leurs terres. expropriés et privés de leur seul capital, les fellahs ont été contraints de travailler dans des terres montagneuses, pierreuses et marginales où la céréaliculture en particulier a des rendements médiocres, une productivité aléatoire et très insuffisante. Cette situation a provoqué plusieurs conséquences graves à l’égard des fellahs sur le plan économique, social et environnemental. Ce défaut de terres cultivables disponibles et le déséquilibre de moyens de production, s’est traduit par l’apparition d’un immense réservoir de main d’œuvre très bon marché et de moins en moins utilisée, augmentant ainsi le sous-emploi et le chômage au sein d’une population rurale déjà importante et très vulnérable (cf. tableau 02). Cette distorsion considérable dans l’allocation des ressources, dans la distribution des terres disponibles et des revenus indique M. Mazoyer[43] a eu comme conséquences le chômage massif dans les zones rurales et l’appauvrissement extrême des couches les plus démunies des fellahs.

Un chômage devenu de plus en plus endémique, avec la croissance démographique galopante de la population qui est passée de près de 3 millions d’individus en 1886 à plus de 7 millions en moins de 70 ans. Le graphique (6) retrace l’évolution de la population rurale algérienne depuis 1886 jusqu’à 1954 constituait plus de 83% de la population totale vivant en Algérie.

Tableau (2) : La répartition de la population agricole algérienne de 1900 à 1930.

Année

Propriétaires

Fermiers

Khammès

Ouvriers agricoles

population agricole active

population agricole totale

1901

620 899

37 455

350 715

151 108

1 135 166

3 230 647

1910

530 211

38 309

426 851

207 707

1 164 769

3 525 768

1914

565 218

40 755

407 050

210 205

1 163 532

3 605 449

1930

617 544

50 771

634 600

428 032

1 730 947

4 419 943

Source : A. Benachenhou, formation du sous-développement en Algérie (1978).

 

Outre ces conséquences, l’insuffisance des terres a eu d’autres effets notamment sur le plan économique. Plusieurs fellahs ne disposaient que des petites parcelles, souvent d’une superficie de moins de 2 hectares, ont eu du mal à satisfaire et à répondre aux besoins de leurs familles, composées généralement en moyenne de 5 à 6 personnes.

A la fin de la période coloniale[44], on estimait le nombre de gros exploitants agricoles ayant de 10 à 50 hectares dans le Tell à environ 50 000 exploitants, représentant près de 17% du total des exploitants algériens ayant de 1 à 50 hectares et cultivant une superficie de 1,25 millions d’hectares, soit 62% de la superficie totale exploitée par les algériens. Leur revenu combiné a été évalué à près de 28 milliards d’anciens Frs, représentant 34% du revenu global des exploitants indigènes.

La situation des fellahs se dégradait de plus en plus. humiliés, dépossédés et affamés, livrés à la maladie, à l’analphabétisme et à la pauvreté, les fellahs ont vu leurs profits se décroître et les récoltes de plus en plus insuffisantes. Gagnés par la précarité et l’impécuniosité, les fellahs étaient devenus la tranche populaire la plus hostile à la présence des colons dans le pays et dont la liquidation devenait une de leurs préoccupations primordiales. Cette classe sociale a adopté et soutenu le choix de la révolution qui a fait de ces fellahs spoliés et dépouillés de leurs terres, ses plus grands adeptes et ses premiers affidés. Ainsi, écrit B. Haîchour[45] «l’adhésion de tous les paysans au soulèvement populaire contre l’administration coloniale avait pour objectif la récupération des terres qui est d’abord et avant tout un acte essentiellement pour vivre […]».

« Pauvre, indigent, nécessiteux est devenu le fellah algérien, qui avait des revenus à peine supérieurs aux plus bas connus dans le monde » note D. BADILLOU[46]. D. SARI reprend les termes d’un administrateur français d’une commune en Algérie[47] pour décrire la situation insoutenable des fellahs : « … 100 000 Frs pour nourrir, vêtir et entretenir pendant une année 6 personnes, telles sont les ressources de l’habitant rural moyen. Dés lors, il ne faut pas s’étonner de voir cet habitant ne se nourrir que de galettes d’orge et de lait caillé, ne pas ou peu consommer de café et de sucre, ni utiliser l’huile ni de savon. C’est un sobre mais contraient et forcé […]».

Ainsi, ces processus de dépossession et de confiscation des terres ont engendré des chamboulements dans la propriété foncière. Par conséquence, beaucoup de propriétaires ont perdu leurs terres et un nouveau réaménagement de la structure sociale dans les contrées rurales voit le jour.

Subséquemment, le nombre de propriétaires de terres a diminué de prés de 20%, celui des fermiers, khammès[48] (dont la plupart sont devenus des ouvriers, ce qui explique leurs disparitions des statistiques) et métayers de près de 80%, au profit de nombre total des ouvriers agricoles qui a quant à lui augmenté de près de 30% comme nous le constatons à travers les données du graphique (6).

 

4. Les conditions socio-économiques des fellahs à l’époque coloniale

Les moyens des fellahs n’étaient pas très diverses et provenaient essentiellement des salaires et de revenus d’activités pratiquées par les femmes aux foyers. se sont particulièrement les produits agricoles et les produits d’élevage qui représentaient et de loin leurs principales ressources. Le manque à gagner, l’étroitement du marché, la baisse des rendements et d’autres facteurs encore, ont limités les revenus de ces paysans.

Un rapport réalisé en juin 1955 nommé « le Rapport MASPETIOL » d’un groupe d’études des relations financières entre la Métropole et l’Algérie, révélait que le revenu de quelques 5 840 000 cultivateurs musulmans et de leurs familles n’excédait pas le montant de 19 200 d’anciens Frs par tête, soit, 52 Frs par jour et par personne.

Selon A. Nouschi[49], en 1954, chaque travailleur agricole travaillait l’équivalant de 92 jours dans l’année ; et l’emploi moyen d’un agriculteur serait de 200 journées par an[50]. Quant aux revenus, la moyenne annuelle encaissée par les ouvriers agricoles permanents est de 34 600 Frs par an, soit 95 Frs par jour ; pour les journaliers agricoles et travailleurs saisonniers, le revenu est encore plus faible : 22 000 Frs par an, soit 60 Frs par jour. Tandis que celui des 15 000 personnes appartenant aux couches européennes supérieures, était de 1 500 000 Frs (780 000 Frs en 1954 selon d’autres sources) par tête et que celui des 595 000 personnes appartenant aux classes moyennes (dont 545 000 européens) était de 227 000 Frs par tête. Ce qui fait qu’en 1959, le revenu de la population agricole locale, était 140 fois moins que celui de la population européenne[51]. Or, suivant les textes officiels qui réglementaient le travail, le salaire journalier des travailleurs agricoles devrait osciller entre 200 à 250 frs selon les régions. Mais selon M. Ahmed Mehsas[52], ces lois qui réglementaient théoriquement les salaires et les conditions du travail n’existaient que sur papier. « L’ouvrier agricole n’avait même pas la possibilité de savoir à quel prix vendre sa force de travail, il était en général mis dans l’obligation, pour survivre, de travailler sans conditions. Les employeurs avaient la liberté d’imposer les plus bas salaires, malgré les prescriptions légales, et même de faire une discrimination entre les ouvriers des différents âges et des déférentes régions. Les enfants percevaient la moitié du salaire d’un adulte, soit 49 Frs par jour. Les adolescentes étaient payées à des prix divers, variant entre 49 Frs et 98 Frs[53] ».

Dans le tableau (04), nous pouvons nettement constater l’évolution des salaires journaliers des ouvriers agricoles algériens, les plus bas parmi les autres professions. En 1960, l’ouvrier agricole percevait un salaire 30 à 43% moins de celui d’un salarié des villes.

« Agrippée aux sols stériles, campant continuellement à la périphérie des grosses propriétés coloniales, la population rurale représentait, tout autant pour les Colons, une capacité de travail mobilisable à volonté et à diverses fins. La main d’œuvre devenait l’objet de viles spéculations ; elle avait le triste privilège d’être l’objet d’un marché. Corvéables à merci, les travailleurs ruraux étaient mobilisés également en tant que de besoin, pour satisfaire les besoins des grands propriétaires terrains[54] ».

 

Tableau (4) : Evolution des salaires journaliers des ouvriers agricoles en Frs (1944 à 1954).

Indice des prix

Date des décisions

Taux des salaires

100

04/08/1944

50 Frs

178

08/03/1946

60 Frs

***

09/08/1946

84,50 Frs

257

31/08/1947

144 Frs

418

02/03/1948

150 Frs

***

25/10/1948

200 Frs

565

15/04/1951

240 Frs

***

12/12/1951

276 Frs

628

04/03/1954

300 Frs

 

Source : Bulletin de statistiques générales de l’Algérie, n°4, 1957.


Conclusion

L’évolution durant l’époque coloniale avait conduit soulignait M. Cote[55], « à une large fraction des fellahs à la dépossession de leurs terres », l’évolution de l’après indépendance, « a abouti pour une large fraction à la dépossession de leurs moyens d’exploitation […]. Le petit propriétaire est resté sur place, mais il est devenu chômeur sur ses propres terres et s’est appauvri […] ».

Un demi siècle après l’indépendance de l’Algérie, la marche au développement n’a pas eu lieu, la promesse de justice sociale tant attendue envers les paysans n’a pas été tenue, l’ambition de promouvoir et faire évoluer le niveau de vie dans le monde rural n’a pas atteint ses objectifs.

Au contraire, la situation des fellahs s’est de plus en plus dégradée à cause d’une gestion archaïque et aléatoire d’un secteur qui était à son apogée à l’époque coloniale et qui avait reléguer le rôle des fellahs au second rang, mais aussi, à cause d’un processus de dépossession et de confiscation des terres qui a engendré des chamboulements dans la propriété foncière et un réaménagement de la structure sociale dans zones rurales dont les conséquences se voie jusqu’aujourd’hui.

 

L’auteur

Mohamed Chabane est chercheur au Centre Régional de Recherche en Sciences Sociales (Laboratoire d'Économie et de Sciences Sociales de Rennes CRESS/LESSOR).

 

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Bibliographie

ACHARD-PICARD Henri, 1914, l’agriculture algérienne et ses conditions économiques, faculté de droit de Lyon.

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AGERON Charles-Robert, 1964, Histoire de l’Algérie contemporaine 1830-1964, Paris, Presses Universitaires de France.

AGERON Charles-Robert, 1999, Histoire de l’Algérie contemporaine, Paris, Presse Universitaire de France.

ALBERTINI E., 1951, « l’Afrique Romaine, l’école républicaine »,  Bulletin de la section d'Alger du syndicat national des instituteurs et institutrices de l'union française, 3ème Numéro Spécial, Les éditions syndicales, 1951. Ouvrage numérisé.

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[1] Base d’un ancien franc = 0,01 franc = 0.0013 euros. En 2008 on est à l'indice d’inflation de 2360 par rapport à 1901, en francs anciens selon nos calcules.

[2] AGERON. R., 1964, p.78

[3] Le Plan de développement économique et social en Algérie ou le Plan de Constantine (1959-1963) est un programme économique élaboré par le gouvernement français en 1958 au plus fort de la Guerre d'Algérie après l'arrivée au pouvoir du général De Gaulle. Visant à la valorisation de l'ensemble des ressources de l'Algérie. C'est à Paul Delouvrier, délégué général du gouvernement en Algérie de 1958 à 1960, inspecteur des finances que revient la mission de le mettre en œuvre.

[4] Gauthier devillers, l’état de la révolution agraire en Algérie in « la revue française de science politique», vol 30, N° 1 p. 113.

[5] Assidon. Elsa. (2005 ), Les théories économiques du développement, p.71.

[6] Gérard Destanne de Bernis défini les industries industrialisantes comme suit. « Ce groupe d’industries dont la fonction économique fondamentale est d’entrainer dans son environnement localisé et daté un noircissement systématique ou une modification structurelle de la matrice inter-industrielle et des transformations des fonctions de production, grâce à la mise à la disposition de l’entière économie d’ensembles nouveaux de machines qui accroissent la productivité de l’un des facteurs ou la productivité globale et, en tout cas, un accroissement de la maîtrise de l’homme sur sa production et son produit. Ces transformations induisent, à leur tour, une restructuration économique et sociale et une transformation des fonctions de comportement dans l’ensemble considéré, la rénovation des structures sociales constituant à la fois et tour à tour une condition et une conséquence du processus d’industrialisation […]. L’industrialisation se marque comme la domination sans cesse croissante de l’homme sur la nature et d’éventuelle possibilité de sa domination sur la société même, alors qu’en pays sous-développé l’industrialisation constitue un point de rupture, l’amorce de cette puissance de l’homme qui n’accepte plus de se soumettre totalement aux éléments naturels».

[7] Gérard Destanne De Bernis a été un des principaux conseillers économiques de Président Houari Boumediene. Il a eu comme maître penseur François Perroux. Il restera fortement inspiré de son analyse du pouvoir, de la domination et des asymétries dans l'économie. Ses théories du développement sont fortement inspirées des idées de Perroux et des économistes du développement (Myrdal, Prebish, Furtado). Il s’inspirera beaucoup des auteurs marxistes pour ce qui est de son analyse du capitalisme.

[8] Voir notamment, S. Bedrani, l’agriculture algérienne depuis 1966, étatisation ou privatisation ?, J. Schnetzler : Le développement algérien, R. Miette : l’évolution de l’agriculture algérienne, Cahiers du C.I.H.E.A.M, n° 11, 1980, D. Benamrane, Agriculture et développement, application à l’évolution de l’économie algérienne, thèse de doctorat d’Etat, université de Paris 1, 1974, M. E. BENISSAD : Economie du développement de l’Algérie, sous-développement et socialisme, 1979. Abdelatif Benachenhou, Formation du sous-développement en Algérie, 1978. Abdelhamid Brahimi, Surplus économique et croissance dans les pays en voie de développement, 1972.

[9] A. Ben Bitour (1998) p. 17.

[10] J. Le COZ, décennie 1980 : les étapes de la désocialisation.

[11] R. Dumont et M. Mazoyer (1969) p. 245.

[12] Henri Alleg apporte son témoignage à ce propos : « Terreur, massacres, razzias, vont constituer les éléments quotidiens de la stratégie de la conquête. Selon moi, écrit de Montagnac, toutes les populations qui n’acceptent pas nos conditions doivent être rasées. Tout doit être pris, saccagé, sans distinction d’âge ni de sexe : l’herbe ne doit plus pousser où l’armée française a mis le pied ». Cité par A. Ben Bitour (1998) pp. 14-15.

[13] Larbi Icheboudène (1997), p. 170.

[14] Cité par A. Ben Bitour (1998) p. 14.

[15] Nous citons par exemple l’insurrection de Cheikh Mohamed Al Mokrani en janvier 1871, Cheikh Mohammed Amezian El Haddad, le 08 avril 1871, l’insurrection du Sud Oranais en 1881, Insurrections dans la province de Constantine de 1870 à 1880, l’insurrection de Bou-Ammama, l’insurrection au Dahra de 1845-1846, l’insurrection des Ouled sidi cheikh de 1864 à 1880, l’insurrection de l’Emir Abd El Kader… etc.

[16] In Histoire de l’Algérie de S. Gsell, G. Marçais et G. Yver, selon Mohamed Elhocine Benissad (1979) p. 84.

[17] Djilali Sari (1975) p. 10.

[18] S. Amin, (1989) p. 40.

[19] G. Devilliers, (1987) p.14.

[20] Il note que « les terres les plus fertiles passent par les bons soins de l’Etat français, des tribus algériennes aux Colons européens ». p. 16.

[21] les Algériens, étaient des indigènes, sans nationalité.

[22] Benjamin Stora, Misère dans le Bled, in journal le monde de 10 juillet 2004.

[23] Le Code de l'indigénat adopté le 28 Juin 1881 distinguait deux catégories de citoyens : les citoyens français de souche métropolitaine et les sujets français, c’est-à-dire les Algériens. Ces derniers soumit au Code de l'indigénat étaient privés de la majeure partie de leur liberté et de leurs droits politiques ; ils ne conservaient au plan civil que leur statut personnel, origine religieuse ou coutumière. Ils étaient soumit à un ensemble de mesures humiliantes telles que : l’interdiction de circuler la nuit, les travaux forcés ainsi que des mesures financières comme les réquisitions et les impôts de capitation (taxes) sur les réserves. Selon les auteurs de cette définition, il s'agissait d'un recueil de mesures discrétionnaires destiné à faire régner le "bon ordre colonial", celui-ci étant basé sur l'institutionnalisation de l'inégalité et de la justice. Ce code fut sans cesse "amélioré" de façon à adapter les intérêts des colons aux "réalités du pays", définition du TLFQ (© Trésor de la langue française au Québec).

[24] La politique de peuplement de l’Algérie n’était pas une volonté politique seulement, mais elle résumait également la position des militaires déjà installés. Le général Louis Juchault de Lamoricière récapitulait ainsi en 1843 cette position : « Il est nécessaire de faire appel aux européens, et ce parce que nous ne pouvons pas en aucun cas faire confiance aux indigènes. Ces derniers profiteront de la première occasion pour se soulever contre nous [...]. La seule chose qui nous permette d’espérer pouvoir un jour affermir nos pas en Algérie, c’est de peupler ce pays par des colons chrétiens s’adonnant à l’agriculture [...] pour cela, nous nous devons de tout mettre en œuvre pour attirer le plus grand nombre de colons immédiatement en Algérie et les encourager à s’y établir en leur attribuant des terres dès leur arrivée ».

[25] D.Sari (1975) op. cit. pp. 22-23

[26] Ce n’est qu’après la loi Warnier qu’apparaît l’utilité réelle de Sénatus-consulte qui a déterminé par son application les tribus et leurs propriétés exactes, reconnaissance des bonnes terres,…etc.

[27] Petits villages en Algérie.

[28] l’article 3 de cette loi, autorise la division des propriétés familiales chose qui était inconcevable auparavant.

[29] Hamid Aït Amara, journal El Watan, 12 octobre 2004.

[30] cette loi qualifiée par Louis TIRMAN (Gouverneur général en Algérie du 26-11-1881 au 18-04-1891) d’une loi qui a servie à déposséder les Algériens..

[31] C’est ainsi que la loi Warnier était qualifiée par les colons.

[32] « H. Isnard a minutieusement analysé les conséquences des ordonnances de 1844 et de 1846 sur les compagnes algériennes. Celles-ci enlèvent à de nombreux propriétaires leurs droits qui sont remis à des colons européens. Les uns émigrent soit vers des tribus voisins, soit à l’étranger (Syrie) ; d’autre deviennent fermiers ou khammès ; d’autres écoliers enfin deviennent ouvriers agricoles : Même ceux qui conservent leurs concessions durent chercher un complément de ressources dans le louage temporaires de leurs bras[32]».

[33] Il faut tout de même rappeler qu’à la vielle de la colonisation, l’accès à la terre était pratiquement impossible par l’achat. Car, comme le souligne A. Benachenhou (1978), la reproduction de ce système exclut l’aliénation individuelle ou collective de la terre.

[34] D. Sari (1975) op. cit. p. 45.

[35] D. Lesbet (1984) p. 24.

[36] C’est ainsi que les Colons ont afflué sur l’Algérie de tous les coins d’Europe, à la prospection de nouvelles opportunités, notamment dans les périodes de crises financières qui ont frappées le monde (1875-1900 et 1929-1930). plus particulièrement, ceux qui sont venus du sud de l’Europe, chassés de chez eux par la misère ou attirés par des perspectives de promotion, amenant ainsi le nombre des colons en Algérie à près de 1 million en espace de 120 ans de colonisation.

[37] L. Deslinières (1920), p.391.

[38] Remarquons avant de continuer cet exemple, que la superficie de terre par famille est très minime, elle est d’une moyenne de moins de 2 ha par famille.

[39] Histoire de l’Algérie de 1830 à 1954.

[40] P. Bordieu (1963).

[41] écrit L. Icheboudène (1997), p. 175.

[42] L’expression est de G. Tillon Tillon; L’Afrique bascule vers l’avenir, «Un paysan aurésien de 1954: Mohand-ou-si-Tayeb , p. 33 et suivantes ; éditions Tirésias- Michel Reynaud, Paris, 1999. D’après, Omar Bessaoud, l’agriculture algérienne et la paysannerie en Algérie, les grands handicapes.

[43] R. Dumont et M.Mazoyer, (1969), op. cit. p. 245.

[44] Dominique Badillo (1980), p. 37, d’après AMIN, S : le développement inégal, édition minuit, 1973.

[45] Boudjemâa Haîchour (1992) p. 17.

[46] Selon les comptes économiques provisoires de l’Algérie, année 1950-1953, in « la dépossession des fellahs (1830-1962) », pp. 101-102.

[47] D’après le même auteur selon : Monographie de la commune-mixte de l’Oued Fodda, archives de la wilaya d’Alger.

[48] Le khammès constitue le cinquième du capital d'exploitation et sa rétribution s'élève au cinquième de la récolte. Le mot arabe khammès signifie en effet "un cinquième".

[49] André Nouschi (1981) op, cit…, p.126

[50] Le travail des femmes et des enfants n’est pas prit en compte.

[51] Serge Koulytchisky (1974), Annexe de livre.

[52] Ancien directeur général de l’Office National de l’Agriculture et de la réforme Agraire, ministre de l’agriculture et de la réforme agraire dans son témoignage recueilli le 09 janvier 2007 lors d’une rencontre avec nous à Alger.

[53] Launay Michel (1963), p. 297.

[54] Révolution agraire : les villages socialistes, (1974), p. 16.

[55] Marc cote (1979), p. 80.

 

Pour citer cet article :

Référence électronique

CHABANE Mohamed, « Les fellahs algériens ; des affres de la spoliation coloniale aux hantises du libre marché.»,Confrontations, 02 |2010, [en ligne], mis en ligne le 24 mai 2010.URL : http://revue-confrontations.org/index.php/component/content/article/6-article3/20-fella

 

 

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