| Des réquisitions et du pillage à grande échelle dans la guerre de 1870-1871, une première forme de spoliation ? Aperçu dans la région Île-de-France |
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Olivier BERGER
RésuméSi la question de la spoliation a été étudiée pour la Seconde Guerre mondiale, elle a des précédents comme le montre la guerre de 1870. Les Allemands organisent et justifient cette première forme de spoliation. Ainsi le butin est constitué des biens saisis aux absents, considérés coupables de se soustraire aux charges de la guerre, par la force et les règlements au profit de la caisse de guerre. Plus généralement des motifs politiques sont invoqués comme les guerres de Napoléon pour expliquer la spoliation comme un dédommagement en raison d’un « droit historique ». Si les pratiques et les catégories de victimes varient au siècle suivant, des similitudes existent dans les spoliations, intégrées à une politique d’exploitation des pays occupés. Face à un système de pillage général, les résistances ont peu d’effets. D’abord acte spontané, légitimé par la durée du siège de Paris et l’assentiment des officiers, le pillage devient la norme et s’apparente à une véritable spoliation.
Mots-clésSpoliation, guerre de 1870, réquisition, pillage, Allemagne
Les pratiques de la réquisition et du pillage, si elles sont une constante des guerres, parfois codifiées par la coutume, ont connu un large développement au cours de la guerre franco-allemande de 1870. Le cas de l’Île-de-France est significatif de ces pratiques généralisées pour ne pas dire systématiques, dans cette région théâtre du siège de Paris. Par les méthodes, par le discours et la pratique de terrain, par l’ampleur du phénomène et sa justification, les réquisitions et le pillage s’apparentent à une forme de spoliation, entendons par-là un pillage légalisé et systématique, à grande échelle, touchant certaines catégories de victimes. Si le processus de spoliation des Juifs par les nazis est le plus connu, la spoliation stricto sensu a un précédent en 1870, comme dans la guerre de 1914-1918 où les régions occupées subirent de semblables mesures, où la pauvreté était ainsi « organisée » pour entretenir l’effort de guerre allemand[1]. Spolier c’est dépouiller d’un bien par violence, par fraude, par abus de pouvoir, selon le Robert (1974). Il s’agit de montrer dans une étude micro-historique comment un processus se met en place, permettant de dépouiller le vaincu au profit du vainqueur, avec justification des pratiques par une application large du principe de nécessité militaire, associé à une certaine idéologie (ou mentalité) allemande, au temps où seules des coutumes régissent la guerre. Par l’ampleur du phénomène, par la surabondance de sources et de récits dénonçant les pratiques systématiques et officielles de l’adversaire, voyant une certaine « barbarie moderne », le chercheur a réellement l’impression d’avoir affaire à un processus de spoliation. La spoliation a plusieurs formes : matérielle, alimentaire, humaine, c’est-à-dire saisie de la force de travail ; elle est organisée, en tout cas tolérée par la hiérarchie, et fait partie des méthodes de guerre allemandes, où l’efficacité et la rapidité priment sur le droit, dans le seul but d’obtenir la victoire finale. Comment qualifier les pratiques allemandes en tant que première forme de spoliation ? Quelles sont ses mécanismes, ses rouages, ses inspirateurs ? Comment justifie-t-on le fait auprès des vaincus, notamment de la population civile ? Quelle est la réaction des occupés face à la spoliation ? Peut-on dire que la spoliation est intégrée à une stratégie de guerre ? Spoliation et pillage sont deux pratiques distinctes, la première est organisée tandis que la seconde est spontanée, pratique officielle contre « dérapage de guerre ». A partir de sources inédites et de témoignages de première main, tant français qu’allemands, nous voudrions démontrer en quoi les ponctions sur la France occupée en 1870-1871, en particulier dans l’Île-de-France, constituent une première forme de spoliation. Nous examinerons le pillage des ressources, le fondement essentiel de la spoliation puis les résistances devant une justification dans la propagande allemande.
I) Un pillage officiel des ressources matérielles et de la force de travailA) Pillage ou spoliation : état des coutumes de la guerreEn 1870, les lois et coutumes de la guerre admises peuvent être appréhendées par le Code Lieber de 1863, rédigé par un juriste américain à destination des armées alors en guerre civile dans le Nouveau Monde, ce texte est le premier mettant par écrit les pratiques et sert de référence, manifestement, aux belligérants de la guerre franco-allemande[2]. Dans ses articles 37-38 et 46, les réquisitions sont admises mais le pillage est prohibé : ce dernier est le simple vol tandis que la réquisition est le principe légal de passation de propriété entre un belligérant et un autre, un vainqueur et un vaincu, quel que soit le bien ou le service c’est-à-dire un travail, qui est l’objet de cette transaction forcée, admise en droit, les biens privés ne pouvant être saisis que pour des questions de nécessité militaire, les officiers et soldats n’étant pas autorisés à user de leur position pour servir des intérêts privés. Par ce procédé légal qu’est la réquisition, le belligérant dépouille de force son adversaire, militaire ou civil, notamment en territoire ennemi, en échange d’un reçu constatant la nature de la réquisition, la quantité prélevée, la date, le régiment, à charge pour l’Etat ennemi de rembourser ses ressortissants après guerre pour ce qu’ils ont pu fournir : argent, vivres, corvées, meubles… Ceci n’est pas considéré comme une trahison pour qui se soumet à une réquisition, alors que c’est un travail ou une aide en faveur de l’ennemi. En pays occupé, le belligérant est amené à avoir des contacts avec les civils et par conséquent effectue ses réquisitions auprès de ces derniers, comme les Allemands qui préviennent la population qu’elle peut être amenée à subir des réquisitions.
B) Textes allemands : respect des coutumes sur le papierOfficiellement, les Allemands affirment dans les proclamations affichées dans les communes occupées que les réquisitions seront limitées au strict nécessaire, avec délivrance de bons. Dans la première proclamation du Prince Royal, en date du 24 septembre 1870, diffusée au Recueil officiel et Moniteur prussiens, les quantités et nature des vivres requises par soldat et par jour, à fournir par les habitants, sont strictement contingentées ; possibilité est offerte de payer 2 F par jour en cas d’impossibilité de livrer les fournitures ; les commandants de corps ont droit de réquisitionner avec les généraux s’il s’agit d’autres fournitures indispensables à l’armée. Le cours des monnaies est fixé dans le but d’établir des rapports non conflictuels avec les civils[3]. Ces prescriptions sont conformes à la coutume inscrite dans le Code Liber. Toujours selon la coutume, une réquisition doit être sinon exceptionnelle, du moins rare, en proportion avec les ressources locales, en tenant compte de ce qui est nécessaire à la survie des populations, les achats comptants devant être préférables notamment parce qu’ils apaisent les tensions entre occupés et occupants. De même un civil requis ne devait jamais servir directement contre sa patrie ou être exposé au feu de ses concitoyens en cas de service personnel[4]. Donc le discours avait de quoi rassurer le citoyen français qui serait épargné, le roi de Prusse Guillaume n’avait-il pas déclaré qu’il ne faisait pas la guerre aux habitants dont les biens et les personnes seraient en sûreté ?[5] Dans les récits et les archives, personne ne contredit à l’époque le principe même de la réquisition, sinon son usage extrêmement large de la part des Allemands, les abus qu’elle entraîne, mais le pillage est stigmatisé à l’unanimité, tout ce qui était désiré était saisi à titre de réquisition[6]. Il n’y a pas eu de refus de fournir des vivres ou des hommes avec leurs outils pour des corvées, mais de rares cas suivis d’incidents ont existé. Au dire des auteurs, l’idée prussienne [de la réquisition] est le droit et le moyen de tout se procurer en France sans bourse délier [7], c’est demander tout ce que la fantaisie [de l’ennemi] imagine [8]. Si Napoléon Ier a été précurseur en la matière, grâce à l’imaginative tudesque, l’arme de la réquisition prend les formes les plus variées, les Prussiens viennent de l’élever à son apogée de turpitude [9], le mot « réquisitionner » est devenu le terme masquant un vol, parfois déguisé en achat par le militaire allemand, arguant toujours du droit de la guerre, celui du plus fort[10]. Seulement, la réquisition a paru aux Allemands un procédé commode pour obtenir rapidement tout ce qui était nécessaire à l’effort de guerre (c’est-à-dire à la nécessité militaire) voire davantage comme les contemporains le disent, mettant sur les excès les réquisitions de centaines de bouteilles de vin par exemple ou celles faites de manière irrégulière, quand il était distribué des reçus indiquant la moitié des quantités requises, l’habitude ayant été prise de prélever plus que les besoins. En somme la frontière est floue entre vol et réquisition, en 1870[11]. Mais ce qui est à l’origine de ces réquisitions nombreuses ou excessives, du pillage et de sa systématisation est la situation militaire allemande.
C) Une armée éloignée de ses bases contrainte à recourir aux ressources localesDepuis l’entrée sur le sol français, les Allemands ont des lignes de communication étendues, les difficultés des transports ferroviaires les contraignent à vivre sur le pays, seul moyen de gérer l’imprévu. Cette situation militaire inattendue provoque des dérapages, les réquisitions ne sont pas toutes régulières : il n’y a pas de bons préimprimés, les soldats affamés pillent les basses-cours, menacent de leurs armes pour hâter les livraisons, les ressources de l’intendance ne suffisent pas à nourrir les troupes qui doivent prélever des vivres entreposées ensuite dans des magasins généraux, gérés par l’administration d’occupation. Dans les récits, le pillage général est présenté par les Allemands comme un acte contraint par les circonstances : ils auraient été obligés[12], mais le temps et la pratique donnent de la légitimité à ce système. Avec le siège de Paris qui dure, la question du ravitaillement devient prégnante, de même le manque d’hommes oblige les Allemands à utiliser la main d’œuvre locale. Leur procédé est bien rodé, et les sources en donnent le fonctionnement. Partout dans les localités l’occupant s’adresse au maire pour satisfaire à toute réquisition. On réquisitionne tout : meubles, matériels de bureau pour la Kommandantur, vêtements, chaussettes, bottes, pain, avoine, farine, bétail… Même pour le plaisir, un photographe, M. Branche, est réquisitionné pour faire les portraits des gradés[13]. On réquisitionne toujours en passant par le maire, seule autorité légale restée en place et unique reconnue par les Allemands, aussi, passer par un échelon français facilitait leur travail puisque les civils obéissaient plus facilement à leur maire et celui-ci connaissant les ressources locales, était le plus à même de fournir ce qui était exigé, même si parfois il n’en livrait qu’une partie. De plus, en cas de refus ou de problèmes dans les livraisons, il était rendu responsable et puni d’une amende, dans certains cas infligée à la commune rendue collectivement responsable, son montant était proportionné à « l’infraction ». Une arrestation, un emprisonnement pouvait suivre jusqu’à soumission du récalcitrant. Les corvées et réquisitions de services personnels sont courantes : dès le début de l’occupation, ponts et routes endommagés par le génie sont à réparer par les civils et à leurs frais, comme le comblement des tranchées, le dégagement des troncs d’arbres sur les voies. On leur demande éventuellement de surveiller les voies ferrées et lignes télégraphiques, ce qui est une violation du droit puisque ce travail est dans l’intérêt de l’ennemi, c’est la tâche des soldats normalement[14]. Or, les Allemands ont recours à la réquisition pour deux raisons : elle leur fait gagner du temps et ne leur immobilise pas des hommes, qui, au lieu d’être employés à ces travaux, sont disponibles pour le front. On fait enterrer les morts par les civils, on leur fait couper du bois, entretenir les chemins sur lesquels passent les convois d’artillerie, on les réquisitionne aux travaux du siège de Paris moyennant salaire[15], ce qui est encore une violation du droit, on les expose parfois au feu lors de réquisitions de chariots avec conducteur[16]. Ce cas est intéressant car il révèle les mauvais traitements infligés : coups de sabre, de fouet, absence de nourriture et de repos pour l’homme et la bête, travail jusqu’à épuisement, décès de chevaux et de cochers sont parfois mentionnés, des conducteurs s’enfuient abandonnant tout par peur ou par suite des mauvais traitements[17]. Ils sont utilisés avec leurs animaux comme de vrais esclaves, les charrettes sont souvent volées ou vendues si elles sont « abandonnées » par le propriétaire. Encore ne s’agit-il ici que des réquisitions imposées à ceux qui sont restés chez eux. En effet, une grande partie a fui, et les Allemands se trouvent devant des bourgs vides ou sous-peuplés. C’est dans ces conditions que le pillage des biens se fait systématiquement.
II) Les absents ont tort : fondement moral d’une spoliation avec ses mécanismesA) L’absence des habitants, prétexte au pillageD’après les sources, il apparaît que l’absence des civils a constitué des soucis aux Allemands, et qu’elle est à l’origine de la spoliation à grande échelle, du moins à sa justification morale. Par peur de l’ennemi, à cause des souvenirs de 1814-1815 et des rumeurs, certains préfèrent la sécurité de la province. Selon les coutumes de la guerre et le caractère d’ancien régime du conflit, de même que la mentalité allemande, les civils occupés ont des devoirs vis-à-vis de l’armée ennemie : la loger et nourrir, d’où l’obligation morale de rester en place et de subir collectivement le fardeau de la guerre. La fuite des habitants prive donc les Allemands de ravitaillement puisque les civils sont paris avec les vivres et ne peuvent faire la cuisine aux troupes ni répondre aux réquisitions, admises par la coutume, ils ne reçoivent pas les hommes à loger, ceux-ci doivent enfoncer les portes et prendre eux-mêmes, de cette façon, leur cantonnement. Cet état de fait a profondément mécontenté les Allemands qui ne cachaient pas leur colère dans leurs discours. Après des journées de marches fatigantes, sans manger, ils sont obligés de chercher la nourriture en fouillant les maisons, en buvant le vin des caves. Quand ils sont bredouilles ils se vengent en saccageant tout ce qu’ils trouvent sous la main, au prétexte que c’est la faute des habitants partis, et donc coupables vis-à-vis d’eux. Ils méritent donc d’être punis par le pillage et la dévastation de leur demeure[18]. La frustration devant un service dû mais non rendu s’exprime par la violence. Ces actes sont souvent gratuits, ils font partie du plaisir du soldat oisif qui s’amuse de la sorte, et se multiplient avec l’allongement du siège de Paris. Les hommes s’ennuient et malgré les combats contre les Parisiens, le moral baisse et piller devient une occupation, comme fouiller les maisons et jardins avec des outils, des piques. On cherche des objets de valeur enterrés, on brise les fonds de cheminées à la recherche d’or, on perce murs, plafonds et parquets. Ces « chasses aux trésors » ont lieu tout autour de Paris[19]. Ces vengeances sont justifiées par les hommes : « les maisons désertes appartiennent au soldat », propos tenus à Jouy-en-Josas par les officiers du 11è corps[20], idem à Triel et Vaux[21]. Dans cette région autour de Meulan, selon un témoin, cette appropriation des maisons vides était devenu un principe, ce que les sources confirment ailleurs, les Allemands prétendaient que si tous avaient été absents, le ravitaillement aurait été difficile[22]. Lors des demandes d’impôts, les règlements allemands prévoient le séquestre des biens des absents, qui peuvent être donnés en gage pour emprunter auprès des banquiers afin de payer l’impôt, en frappant davantage les « coupables » parce qu’absents[23]. De même les parts sont censées peser davantage sur eux, bien que les Français ne jouent pas le jeu, ils payent en prêtant leurs économies et ne touchent pas aux biens des absents, versant solidairement l’impôt, en fonction des moyens des gens restés. Cette question des absents pose donc de vrais problèmes aux Allemands : sans être logés ni ravitaillés, avec une intendance qui suit mal, loin des bases arrières, la victoire autour de Paris pouvait être compromise, une éventuelle défaite était par conséquent la faute des habitants partis. C’est à partir de ces considérations, selon nous, que l’on doit comprendre le comportement des Allemands. Dès lors les bases d’une justification et d’une mise en place d’un pillage organisé sont posées aux yeux de l’occupant, en position de force.
B) Les rouages du pillage : soldats, intermédiaires et autochtonesDire que le pillage relève de la spoliation est pertinent en regard des pratiques allemandes que nous révèlent les sources. Si elles sont complexes, ces pratiques, dans un contexte de guerre, peuvent être qualifiées de processus de spoliation. Dès l’invasion de la région parisienne à la mi-septembre, nulle justification n’est avancée pour se livrer à un pillage informel, local, encouragé ou toléré par les officiers aux échelons inférieurs. C’est certainement la durée du siège qui va lui donner cette dimension, cette ampleur inégalée, qui a choqué les contemporains. Les soldats et officiers se servent les premiers en fonction des possibilités, des ressources locales, dans les châteaux qu’ils occupent les chefs se taillent la part du lion, pillent l’argenterie, les bijoux, les livres, les porcelaines, vêtements et literies. Ils sont étonnés du « luxe français », comme le peintre von Werner[24]. Ce qui frappe est l’existence d’un réseau de marchands qui suit l’armée allemande, et qui se met en place rapidement. Ces brocanteurs allemands viennent en fonction de la progression des troupes et font feu de tout bois, ils vident les maisons et revendent aux soldats à bas prix les produits de leur vol. Des déménagements en règle sont opérés par ces personnes, des officiers font empaqueter des meubles et les font expédier en Allemagne contre reçu, par ces mêmes marchands[25]. Ils peuvent aussi piller avec les soldats ou sous leur protection. Combien de scènes semblables sont-elles relatées dans les récits ? Une énumération serait trop fastidieuse pour prouver ces faits. Lors de la contribution de guerre de 10 millions, le refus de payer entraînait la saisie des biens de la manière indiquée par Henri Le Brun à Meulan : Vous ne voulez pas payer ? Les Prussiens arrivent, évaluent la part que la maison que vous habitez peut supporter dans la contribution. C’est 100 F je suppose. Ils entrent chez vous, vendent à des marchands qui les suivent tout ou partie du mobilier [qu’ils estiment 100 F]. Les marchands paient, emballent et on passe ensuite à une autre maison [26]. La poste allemande concurrençait ce mode d’expédition. Ces déménagements, qui ont tant marqué les civils, se font sur une vaste échelle, justifiés dans la presse allemande par l’habitude prise par les soldats d’un certain confort, déplaçant les meubles et ustensiles de cuisine d’un endroit à l’autre, la pratique répétitive donne le sentiment à la troupe que ces objets leur appartiennent, avec l’accord des officiers, des chariots sont chargés et emmenés avec eux[27]. Vingt-cinq voitures quittent Beaumont chargées de meubles[28]. La spoliation est complète avec l’implication de Français qui participent au pillage ou achètent en concurrence avec les marchands allemands les biens vendus à la criée, en place publique, par des officiers à des prix bas. Même des chevaux sont vendus. Occasion de faire de bonnes affaires, ces parodies de ventes aux enchères ont été courantes[29]. Notons que les meubles changent de mains et de lieux en fonction des déplacements des hommes et des états-majors, ils emportent le mobilier, la vaisselle dont ils ont effectivement besoin, les considérant comme leur propriété, puisqu’ils vivaient dans des maisons abandonnées. Les biens des absents ne réapparaissent que rarement à la fin de la guerre, rassemblés et liquidés par les municipalités au titre d’épaves de guerre. Beaucoup d’objets ne retrouvent pas leur propriétaire, les autres sont sinon partis en Allemagne, du moins ont « tourné », passant de main en main, d’une ville à l’autre avant que leur trace ne se perde dans l’anonymat. C’est une réelle organisation que découvre le chercheur sur la guerre de 1870, le processus semble institutionnalisé, il fonctionne parfaitement. Le pillage est organisé dans tous les sens du terme.
C) Un pillage « organisé », généralisé et toléré : première « spoliation »Il y a spoliation lorsqu’il existe un système de transfert de propriété, de manière violente voire illégale, justifiée par le discours du vainqueur, dans un contexte de guerre. Au fil du temps le système se rode, est institutionnalisé, justifié, reconnu par les plus hautes autorités comme acceptable, légal, nécessaire. La justification devient officielle, après le constat d’absence des civils, lors de la parution d’avis sur des objets « trouvés » dans le journal de propagande et le Recueil imposés au département. Deux avis ont paru, indiquant la « découverte » d’objets de valeur avec adresse et noms des propriétaires des maisons « abandonnées »[30]. Passé quinze jours, si les biens n’étaient pas réclamés par ces derniers ils étaient considérés comme « abandonnés » et confisqués au profit de la Caisse de guerre allemande[31], laquelle servait à rembourser les frais de guerre manifestement. La guerre nourrissait la guerre... Ces avis sont les preuves de la spoliation en tant que pillage légalisé. S’ils n’ont pas été publiés plus souvent et en grand nombre, c’est qu’ils n’étaient pas dans l’intérêt des propriétaires absents mais dans celui de l’occupant ; c’était un message aux troupes[32], une incitation à fouiller les maisons, les objets ne se trouvant pas sans recherches, on encourageait indirectement à piller tout en présentant cet acte comme un pillage « pour sauver du pillage » lesdits objets. Moyen de faire passer l’armée pour respectable et démentir les rumeurs de vols, répandues dans la presse française des autres départements. Peut-être cette mesure devait-elle inciter les gens à revenir chez eux ? Deux avis suffisaient à encourager les soldats dans une tâche qu’ils avaient d’abord commencé eux-mêmes spontanément. Bismarck a approuvé ces mesures, se plaisant à répéter qu’il fallait montrer aux Français ce qu’est une guerre[33]. On retrouve cette excuse dans la bouche des officiers : c’est la guerre, autrement dit un état d’exception en vertu duquel tout est permis[34], sinon on vole pour avoir un souvenir du lieu. Une nouvelle norme permettant un transfert officiel de propriété[35]. Du côté allemand il n’a pas été question de faire la « terre brûlée » même si les sources peuvent donner cette impression, on n’a pas détruit pour priver les Français de ressources, car le pays semblait riche aux Allemands, et que les destructions complètes ne sont pas généralisées. Les cas les plus graves restent rares. Pourtant Bismarck est conscient des dégâts de même que les officiers, il s’interroge au moment de l’armistice sur la surprise des contemporains et la possibilité de tensions entre réfugiés de retour chez eux et la troupe qui y est logée[36]. Il n’avait pas tort car des rixes se produisent : des habitants sont blessés à Villeneuve-Saint-Georges, un homme est tué à Saint-Cloud alors qu’il voulait réprimander les soldats qui dévastaient[37]. Après l’armistice, Stieber n’avoue-t-il pas à Versailles que : « de riches Parisiens voulaient visiter [leurs maisons] que nous avions réquisitionnées, et souvent, il faut bien le dire, dégarnies »[38]. Dès lors comment résister à la machine allemande de vol systématique ?
III) Résister devant une spoliation justifiée par l’occupantA) Justifications idéologiques dans la propagandeDans le Moniteur prussien, la propagande sert à démentir les propos de la presse étrangère sur les habitudes de vol dans l’armée, et à justifier le dédommagement du coût des guerres françaises en Allemagne, de Louis XIV à Napoléon Ier, dont les excès sont encore présent dans la mémoire allemande en 1870. On vantait la modération du vainqueur qui ne faisait que demander des réparations peu onéreuses au vaincu, en estimant l’indemnité finale à 10 millions, le double de la somme fixée par le traité de paix. Les jurisconsultes inventent un « droit historique » au nom duquel la spoliation est justifiée comme une revanche puisqu’il s’agit de faire en France ce que ce pays a fait en Allemagne occupée, peu importe le changement des lois de la guerre entre-temps. Dans le Moniteur n°100 du 24 février 1871, les rédacteurs justifient un impôt de guerre en invoquant un précédent de Napoléon[39]. Ainsi l’histoire de France devient une arme employée contre elle, dans une mission de châtiment confiée par Dieu à la Prusse. Aussi, il s’agit de démontrer aux Français que l’on fait peser le coût de la guerre sur les vaincus pour les forcer à demander la paix, la guerre ne faisant qu’aggraver la ruine du pays, idée bismarckienne. Selon Desjardins, des officiers avouèrent avoir reçu l’ordre secret d’appauvrir la France par la dévastation mais ce n’est pas vérifiable, jamais les Allemands n’ont appliqué une réelle politique de terre brûlée[40]. Pourtant, spolier les vaincus dont certaines catégories, est un acte humiliant, au même titre que la destruction des parquets, meubles et archives pour faire le chauffage ou la cuisine, quand bien même il y avait du bois, sous les yeux des victimes. Celles-ci n’ont pour toute arme que la non-violence, si elles veulent tenter de résister.
B) La non-violence contre la violenceQuand l’arrivée des Allemands semble imminente, les gens dissimulent leurs objets précieux dans des cachettes : dans leur jardin, le sol, le plafond ou un mur de leur maison, voire dans les fosses d’aisance. Des municipalités mettent en place, comme à Brunoy, un service de gardiennage des maisons vides, ces gardiens sont logés dans les maisons aux frais des propriétaires absents, la mairie ayant recouru à un serrurier et versant un salaire au citoyen chargé de protéger les biens meubles. Des particuliers comme l’instituteur de Cerny ou le Docteur Fleury de Villiers-sur-Marne négocient la restitution d’objets que les soldats entassent dans leur chariot : matelas, chaises, bureaux, vases, pendules, etc, en provenance d’habitations abandonnées. Plus téméraire est le maire provisoire de Wissous qui enjoint les habitants à garder chez eux les meubles ne leur appartenant pas jusqu’à restitution, sous peine de poursuites pour recel, selon une affiche placardée dans le village. Nous avons dit que les soldats déménageaient souvent de logement avec les affaires pillées dans une commune donnée, ainsi les fruits du pillage se déplaçaient d’un endroit à l’autre, “ tournaient ” dans la ville voire la région. Des initiatives d’envergure sont à noter : le rachat par les habitants de meubles volés vendus aux enchères par des officiers et redonnés ensuite à leurs concitoyens, autour de Châteaufort[41] ; la mairie de Corbeil qui rachète 25 F pièce les chariots abandonnés par des voituriers après une réquisition, dans les mêmes conditions de ventes publiques annoncées par des affiches allemandes[42]. Tout est restitué contre cette somme. Après le départ des troupes, les municipalités rassemblent les objets laissés sur leur commune, considérés selon la loi comme « épaves de guerre » et exposés en place publique pour identification et reprise par les propriétaires, le reste est vendu au profit des Domaines. Beaucoup de biens sont cassés comme des chaises au tissu sali, déchiré ; objets méconnaissables, pendules sans mouvement ni glace, livres dépareillés. En cas de réquisition, on prétexte souvent ne pas posséder telle ressource sur la commune présentée comme pauvre en matières agricoles ou on traîne jusqu’à ce que l’occupant abandonne ses demandes pour se rabattre sur une autre ville. Des menaces d’amendes n’en imposent pas aux maires. Débrouillardise, règlement, retard, négociation ou intervention directe, force d’inertie, telles sont les ressources des civils français, du registre de la non-violence, où l’usage de la parole prime sur l’usage des armes, face à un ennemi qui pratique une politique de terreur et d’intimidation[43]. Dès lors les résultats ne sont pas à la hauteur des espérances.
C) Des résultats nulsLes procédés que nous avons décrits sont sans effets devant la force, le laisser faire ou les ordres des chefs, en plus de la participation de maraudeurs français à la spoliation, conduisent à une dévastation généralisée. Les Allemands volent le nécessaire et le superflu, il reste le cliché du soldat voleur de pendules, qui est malheureusement une réalité au même titre que les vols de montres-bracelets par les Russes dans l’Allemagne de 1945. Tous les documents de dommages de guerre montrent qu’une ou plusieurs pendules ont été pillées dans les logements. Ce sont les châteaux et demeures bourgeoises qui sont les victimes les plus maltraitées : leurs œuvres d’art, meubles, livres, bijoux qu’ils contenaient ont pris la route de l’Allemagne dans les poches des soldats ou les chariots des brocanteurs qui les suivaient et leur achetaient le produit des rapines quand ils ne se servaient pas eux-mêmes. Constatant les dégâts, les témoins, gens lettrés, ont le sentiment que pillage et dévastation sont systématiques comme si ils étaient les conséquences d’un ordre. Donc ce n’est pas un pillage spontané (ce qui était le cas au début de la guerre), ni un dérapage[44] mais une norme. Si les ordres de Bismarck et des officiers de faire des dégâts sur le terrain semblent être confirmés par la pratique, les preuves manquent encore, à ce stade des recherches, sur l’origine et la transmission de ces ordres, par conséquent sur les responsabilités de cette première forme de spoliation. Bien sûr il y eut des soldats honnêtes ramenant en mairie ce qu’ils « trouvaient » dans les maisons, mais leur cas n’est que l’exception qui confirme la règle[45]. En fin de compte, les grands perdants sont les absents qui, par essence, n’ont pas pu empêcher le vol systématique de leurs biens. Ce traumatisme que fut la spoliation à grande échelle des territoires occupés est exorcisé dans les arts ou la littérature qui présentent des fourgons avec l’inscription « Maison Bismarck et Cie, déménagements », ou par l’ironie de Daudet évoquant le prince de Saxe qui pourrait se reconvertir en brocanteur, horloger, facteur de piano ou libraire[46]. Le pillage semblait aux Français répondre à un ordre. Cet aspect de déménagement accompagné de justifications cyniques et spécieuses reste un sujet méconnu de la guerre de 1870.
Les pratiques allemandes sont contraires aux lois et coutumes de la guerre prescrites dans le Code Lieber et contraires aux règlements allemands prévoyant des réquisitions réglées, limitées au strict nécessaire, au sens de la nécessité militaire, c’est-à-dire toutes les mesures indispensables et légales pour atteindre les buts de guerre. Ces pratiques reçoivent des formes identiques dans les environs de Paris et sont légalisées par la loi martiale diffusée auprès des occupés, avec l’appropriation des objets « trouvés » chez les absents. Inspirée vraisemblablement par le Grand État-Major, approuvée par Bismarck, cette spoliation est officialisée, permise par une approbation tacite des officiers. Soldats et gradés se servent, écoulent une partie du butin au sein d’un réseau de vivandiers qui suit l’armée, revendent les objets en France ou en Allemagne, déplacent quantité de biens d’une ville à l’autre, impliquant des Français dans le recel. Une partie alimentait la Caisse de guerre allemande, donc remboursait les frais de guerre. Si, comme dit François Roth : « le vainqueur a réussi à faire payer au vaincu le coût de la guerre »[47], concernant l’indemnité des 5 milliards, la spoliation pratiquée pendant le conflit s’inscrit dans la même visée, mais sert aussi à faire du butin. Au départ simple moyen de vivre sur le pays, la spoliation devient un pillage institutionnalisé avec le prolongement de la guerre et ses difficultés d’approvisionnement. Spoliation certes, mais de faible ampleur comparée à l’exploitation des pays occupés par l’Allemagne dans les deux guerres mondiales du XXe siècle. La justification de la spoliation est triple : morale par l’absence des habitants jugés coupables d’échapper aux charges de la guerre ; politique avec le coût des guerres de la Révolution et l’Empire en Allemagne présenté comme une dette de la France à payer ; enfin militaire au sein du Grand Etat-Major avec le remboursement du coût de la guerre. Châtier la France passe par la spoliation de ses richesses et l’exploitation de ses ressources. Un profit individuel et collectif caractérise cette spoliation, devant laquelle la résistance ne paie pas. La spoliation fait partie d’une stratégie de guerre, exercée avec violence, frappant les civils dont les absents. La population dépouillée a l’impression que c’est à elle que l’on fait la guerre, tel son argumentaire. Le pillage est systématique dans les maisons, aggravé dans celles vides. En fait la spoliation se produit à l’occasion du logement chez l’habitant, d’où le traumatisme des civils qui insistent sur le pillage dans leurs récits, une impression de viol du domicile explique leur désarroi. « Méthode et brutalité » des « pilleurs légiférants », ces paroles de Jean Cruppi[48] témoignent de la poursuite de cette organisation dans les guerres du XXe siècle avec son paroxysme sous le IIIe Reich.
L’auteurDoctorant à Paris IV-Sorbonne, Olivier Berger travaille sur les crimes de guerre allemands en 1870-1871 sous la direction du Professeur Édouard Husson. Sa thèse couvrant l’Île-de-France, théâtre d’exactions en raison du siège de Paris et de ses répercussions en banlieue, s’appuie sur une documentation inédite.
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Notes[1] BLANCPAIN, p. 230. Nous renvoyons le lecteur à la bibliographie pour la référence complète. [2] Texte sur le site du Comité International de la Croix-Rouge : http://www.cicr.org/fre [3] DIEULEVEUT, p. 183-185, reproduit l’essentiel du Recueil officiel aujourd’hui introuvable. [4] BRENET, p. 54-53. [5] Ibid., p. 28. [6] CHANTRIOT, p. 20-24 ; DELEROT, p. 102. [7] DELEROT, p. 238. [8] DESJARDINS, p. 30. [9] DE LA RUE, p. 56. [10] FLEURY, p. 87-101. [11] DELEROT en donne sa définition, le 2 octobre : “ procédé commode à l’usage du vainqueur pour se procurer sans payer tout ce qui lui faisait envie chez le vaincu ”, p. 102. Il parle aussi de la réquisition en tant que pillage régulier, “ vol déguisé sous le nom de réquisition ”, p. 51, 228. [12] STIEBER, p. 156, 163. Tout ce qui était trouvé sur le passage de l’armée était ramassé au nom de son utilité, prétexte à l’appropriation de tout et n’importe quoi. [13] A Villemomble, HUSTIN, p. 112. [14] BRENET, p. 75-76. Le Code Lieber n’aurait pas prévu les corvées personnelles d’après l’auteur. [15] Autour de Paris, on paye des requis 2 F par jour, d’après un récit du 23 novembre 1870 publié par Le Figaro, cité in Meudon au XIX è siècle, p. 73. Un travail directement tourné contre la patrie des requis. D’après DESJARDINS, cette scène se serait passée à Villiers-le-Bel, où 330 réquisitionnés des départements voisins, logés à Ezanville, bâtissent des redoutes durant un mois, prenant ainsi une part active aux opérations militaires allemandes, en violation du droit, p. 87. [16] Preuve donnée par le Major LINGK : “ les conducteurs [français] étaient soumis à une discipline rigoureuse […] ils prirent part aux batailles [d’Orléans], mais plus d’un profita d’une occasion pour s’éclipser […]. Ils avaient fait leur devoir sans broncher ”, p. 27, 35. [17] DELEROT les mentionne, p. 37 : les chevaux étant rares, le commandement allemand de Versailles les met en réquisition, et les officiers enlèvent de force une voiture attelée lorsqu’ils en ont besoin, chassant le cocher et l’abandonnant sur place. Les hommes requis étaient parfois traités en prisonniers de guerre, privés de libertés et assignés à résidence dans les magasins généraux tel celui de Corbeil, entre deux corvées de transport vers le front près d’Orléans, DE LA RUE, p. 209. Certains venaient de Lorraine. A Favières, un charretier est mort de fatigue de retour d’une réquisition, BESOUL, p. 8-9. [18] A Palaiseau et Saint-Denis, les soldats forcent les portes des logements inhabités pour prendre leur cantonnement : “ ce qui n’a pas été sans causer des dégâts ” ; “ les soldats s’installent en maîtres chez les absents, fouillant, bouleversant le contenu des meubles et des tiroirs ”, FREDERIC III, p. 148 ; MONIN, p. 158. [19] Au sein de la communauté des soldats, nous pensons qu’une émulation a existé, les découvertes des uns incitaient les autres à les surpasser et à ruser d’imagination pour fouiller les cachettes. Le moindre objet trouvé, abandonné ou dissimulé devenait la propriété allemande, Les Allemands en France, p. 93. [20] DESJARDINS, p. 67-68. [21] LE BRUN, p. 21. [22] A l’inverse, les habitants restés seraient bien traités, le prince Albert de Prusse dit au maire de Sannois : “ vous avez agi sagement en n’abandonnant pas votre localité, notre roi veut que nous respections les habitants qui sont restés chez eux et qu’aucun dommage ne soit causé à leurs propriétés ”, le 20 septembre, RETALI, p. 23. [23] Voir l’arrêté sur les contributions directes du Préfet de Seine-et-Oise von Brauchitsch, 28 octobre 1870, articles 4-5, stipulant que “ tous les biens fonciers, mobiliers et immobiliers ” des absents pourront être donnés en gage pour payer l’impôt, présenté comme ordinaire et non comme un impôt de guerre. Curieusement, l’article 2 exclut le montant des réquisitions en tant que part déductible car elles ont été payées en nature, non en argent, et qu’elles seront à la charge du gouvernement français après la paix, sur présentation des bons. Spolier les particuliers, c’est spolier l’Etat. Cité par DE LA RUE, p. 122-123. [24] WERNER vante le luxe d’une maison de Brunoy dans laquelle il passe une nuit sur un lit à baldaquin, p. 13. [25] Les Allemands…, p. 41. [26] LE BRUN, p. 109. [27] NEUKOMM, p. 142-145. A l’occasion les chefs réquisitionnent chevaux et cochers. [28] DESJARDINS, p. 67. Il définit le pillage comme “ abus érigé en axiome ”. [29] A Châteaufort et aux environs de Longjumeau, Les Allemands…, p. 78-79. [30] Avis du Préfet allemand au Recueil d’octobre et décembre 1870, Moniteur n°86 du 8 février 1871, DIEULEVEUT, p. 197-198 ; 272-273. [31] DESJARDINS, p. 67-68. [32] D’ailleurs les Français comme DESJARDINS ne s’y trompaient pas, p. 68. [33] BUSCH, p. 201-202. Il s’agit d’un décret du ministre de la Guerre Roon, Bismarck en parle le 1er novembre. Déjà, le 14 septembre, il est d’avis de considérer les biens des fuyards comme abandonnés, Ibid., p. 108. D’après SAUVEE-DAUPHIN, Moltke n’aurait pas partagé ce point de vue, p. 238. [34] Voir SAUVEE-DAUPHIN, p. 245. [35] La spoliation est une institutionnalisation des prises de guerre en 1870. [36] BUSCH, p. 492. [37] Les Allemands…, p. 51-52. [38] STIEBER, p. 228. [39] DESJARDINS, p. 98-99. [40] Ibid., p. 66. [41] Les Allemands…, p. 78-79. [42] DARBLAY, p. 159-161. [43] Voir à ce sujet MONIN qui relate, à Saint-Denis, le climat des réquisitions accompagnées de menaces. Ce procédé militaire s’apparente bien à une spoliation car la violence y est inhérente, p. 152-154. Si le bois de chauffage n’était pas livré sous deux heures, ordre serait donné de démonter portes et fenêtres des maisons. [44] Sur ce thème désignant un écart, un franchissement d’un seuil de violence, cf ROUSSEAU, SCHMIDT (dir), Les Dérapages de la Guerre…, p. 7-16. [45] Tels les soldats de Groslay qui “ trouvent ” 20000 Francs dans une maison et les déposent en mairie, NEUKOMM, p. 118. [46] DAUDET, Les Palais d’été, p. 91. [47] ROTH, p. 526. [48] CHANTRIOT, p. VIII.
Pour citer cet article : Référence électronique BERGER Olivier, « Des réquisitions et du pillage à grande échelle dans la guerre de 1870-1871, une première forme de spoliation ? Aperçu dans la région Île-de-France »,Confrontations, 02 |2010, [en ligne], mis en ligne le 24 mai 2010. URL : http://revue-confrontations.org/index.php/component/content/article/6-article3/18-spol4
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