La spoliation des prêteurs italiens et juifs en Dauphiné au XIVe siècle : entre légalité et arbitraire. PDF Imprimer Envoyer

Diego DELEVILLE

 

Résumé

Le Dauphiné a accueilli, à partir de la fin du XIIIe siècle, des marchands italiens et juifs spécialisés dans le crédit. Au cœur d'un paradoxe, le dauphin devait combattre l'usure, comme le prescrivait l'Église, bien que hôte d'usuriers notoires. Ainsi, les prêteurs étaient-ils confrontés aux représentants des dauphins, prévaricateurs et volontiers spoliateurs de leurs biens, et au dauphin qui faisait craindre la spoliation pour les forcer à répondre à ses exigences financières. Les clients des prêteurs, victimes de leurs abus usuraires, n'ont pas été les plus vindicatifs. Néanmoins, la Peste Noire, arrivée en Dauphiné dès mai 1348, fut à l'origine d'une vague de spoliations et de crimes contre les juifs, prêteurs et autres. Les prêteurs chrétiens ont été épargnés, ce qui révèle le poids de l'infidélité juive dans les rapports entre les communautés d'accueil et les Juifs, accusés à tort de nombreuses déviances.

 

Mots-clés

Moyen Âge, Dauphiné, usure, lombards, juifs, spoliation

 

Du haut aux premiers siècles du bas Moyen Âge, le commerce en général et surtout celui de la monnaie était une activité honnie, source de désordres et reflet du désir que la matière exerçait sur les hommes[1]. En revanche, la société chrétienne tolérait les prêteurs juifs qui, non soumis aux règles canoniques, pouvaient dès lors prêter à intérêt aux chrétiens qui n'étaient pas leurs frères, en référence au Deutéronome (XXIII, 19-20) : « tu n'exigeras de ton frère aucun intérêt... » [2]. Par ailleurs, à l'aube des bouleversements du second millénaire – les grands défrichements, la diffusion des chartes de franchises, l'incastellamento, la croissance urbaine –, les marchands chrétiens étaient encore nombreux à être itinérants, échappant ainsi aux pouvoirs seigneuriaux puisqu'ils n'appartenaient pas au ban. L'itinérance apparaissait aussi comme une source de désordre. Hormis dans les centres urbains, le marchand, homme de la foire et du marché, était considéré comme extérieur à la société qui l'accueillait pour quelques jours. La sédentarisation des marchands a bouleversé les habitudes économiques, le poids du crédit dans la société médiévale n'en fut que conforté à partir du XIIIe siècle. L'implantation des marchands italiens, spécialistes en la matière, stimula l'offre et la demande que la présence de marchands-banquiers au sein des communautés juives et de prêteurs autochtones avait déjà développé.

En Dauphiné, jeune principauté éclose entre les XIIe et XIIIe siècles sur les ruines du royaume de Bourgogne, les communautés juives précédèrent l'implantation de marchands italiens, communément étiquetés lombards ou florentins, à la fin du XIIIe siècle[3]. Des communautés juives étaient déjà présentes en Dauphiné au XIIIe siècle pourtant, après 1306, l'expulsion des juifs du royaume de France renforça leur présence comme l'illustrent les droits de séjourner et de prêter de l'argent sur gages concédés, pour Grenoble, à Morel d'Amboise et Amyal de Tours, par le dauphin en octobre 1306 [4]. De même, en 1322, le bannissement des juifs du Comtat Venaissin par le pape Jean XXII eut pour conséquence l'implantation de nouvelles populations juives, à Nyons par exemple[5]. Avec un retard d'un demi-siècle, l'implantation des Italiens en Dauphiné s'inscrivait dans un mouvement à l'échelle occidentale.

Petit aparté, une enquête diligentée par le dauphin, en 1337, contre les abus et fraudes usuraires des prêteurs, m'a permis de déterminer le montant de certaines usures. Par exemple, le taux d'intérêt annuel s'échelonne entre 25 et 40 % à Chabeuil, 58 et 95 % à Saint-Marcellin et 50 et 133 % à Bourgoin. Plus que ces valeurs, c'est le délai de remboursement, en moyenne plus d'une décennie, qui faisait du prêt à intérêt une source de dommages[6]. La palme étant attribuée aux lombards de Bourgoin qui, pour un emprunt de 4 gros tournois, ont perçu pour usure 40 sous de gros tournois soit 12 000 % de la somme empruntée[7], une valeur qui nous paraît bien saugrenue, sauf si le remboursement a pris plusieurs décennies. En effet, le dépassement du délai de remboursement permettait aux créanciers d'appliquer des pénalités de retard, sachant que plusieurs lombards dauphinois ont été accusés de ne pas rendre le titre de créance après acquittement et de ne pas décompter certain versement en numéraire ou en nature.

Dans son ensemble, le développement du crédit et plus encore la croissance de sa pratique chez les chrétiens a entraîné l'Église à revoir sa morale économique, du XIIIe au XVe siècle, période d'émergence d'une véritable éthique économique chrétienne. Toutefois, les traités d'économie des scolastiques et des théologiens ont aussi pour origine l'émergence, à partir de 1160, de la notion de théologie morale, signe de la volonté de l'Église d'avoir prise sur l'ensemble de la vie sociale et d'insuffler « l'idéal d'une vie chrétienne dans l'existence quotidienne des laïcs »[8].

S'il est difficile de retracer ici le chemin parcouru en matière d'éthique économique par les scolastiques et autres penseurs chrétiens, du dominicain Thomas d'Aquin aux franciscains Alexandre d'Alexandrie et Bernardin de Sienne[9], les dispositions adoptées lors des différents conciles de la fin du XIIe siècle au début du XIVe siècle suffisent à mesurer le renouvellement du discours autour de la place du marchand dans la société chrétienne.

Point de départ arbitraire de ce cheminement, en 806, un acte législatif impérial, le capitulaire de Nimègue, insista sur l'infidélité des marchands, l'usure étant définie comme le surplus exigé lors d'un emprunt donc clairement prohibée. En 1179, lors du troisième concile de Latran, l'utilité sociale du marchand fut soulignée, il ne devait toutefois pas subordonner le service au profit. En 1215, au quatrième concile de Latran, la question de l'usure fut débattue : fallait-il considérer tout intérêt perçu lors d'un prêt comme une usure ? Malgré cette interrogation, il a été maintenu que toute usure devait être considérée comme « lourde et immodérée ». En 1274, lors du concile général de Lyon, l'Église prescrivit aux pouvoirs publics laïcs d'interdire la location aux usuriers et de les expulser. Dès lors l'Église pour combattre l'usure disposait d'autres armes que l'excommunication et le refus de sépulture chrétienne. L'implication des pouvoirs publics dans la lutte contre l'usure permettait de mener le combat sur les deux fronts juridiques, ecclésiastique et civil, liant ainsi les pouvoirs spirituel et temporel. Au concile de Vienne, entre 1311 et 1312, le manque de zèle des seigneurs chrétiens dans la lutte contre les usuriers manifestes poussa l'Église à prescrire l'excommunication contre les seigneurs laïcs qui renâclaient à exclure ces derniers.

En effet, seuls à pouvoir autoriser l'implantation de marchands impliqués dans le crédit, les seigneurs occidentaux étaient souvent enclins à tolérer des usuriers qui, de surcroît, comptaient souvent parmi leurs proches conseillers. Les droits d'implantation et de commercer, qu'ils accordaient en leur qualité d'hôtes, étaient toujours assortis d'un devoir de sauvegarde ; les seigneurs occidentaux demeuraient donc les seuls à pouvoir frapper les usuriers manifestes établis sur leurs terres. C'était aussi sans compter sur le constant besoin financier des seigneurs chrétiens pour asseoir leur autorité, accroître leur territoire et vivre « noblement ». D'ailleurs, l'Église était consciente de la nécessité du crédit dans les échanges, dont elle usait sans trop de retenue comme en témoignent ses liens forts avec les grandes compagnies marchandes italiennes[10]. Aussi, l'Église et les seigneurs chrétiens se trouvaient-ils au cœur d'un paradoxe. Or, les marchands juifs et italiens, placés sous l'autorité plénière de leurs hôtes, devenaient des proies faciles en cas d'accusations d'usure. On pouvait spolier leurs biens sans trop de résistance.

Nous allons donc étudier les conflits des prêteurs sur gages et à intérêt, de toutes confessions, avec les dauphins, en examinant avec attention les mesures répressives - légales ou non - utilisées mais aussi les pratiques prévaricatrices des représentants du prince. Peuvent-elles toutes être identifiées comme des spoliations ?

 

LE CADRE D'UNE SPOLIATION LÉGALE

Évoquer les spoliations aux derniers siècles du Moyen Âge oblige à analyser les différentes acceptions du verbe latin spoliare, à l'origine du verbe spolier dont l'apparition dans le moyen français semble dater du début du XVIe siècle, comme en témoigne l'emploi par Rabelais dans Pantagruel[11]. En latin, l'ensemble des acceptions - dépouiller, déposséder, dévaliser, ravir - font référence à une dépossession, une privation accompagnée de violences[12]. Plus qu'une simple rapine, la spoliation peut se dévoiler sous un caractère politique et prendre racine dans l'exercice de la justice, lequel, à la fin du Moyen Âge, était encore lourdement marqué par la faide et l'arbitraire princier. Au-delà de la vengeance, son résultat le plus visible, la faide est un paradigme du règlement des conflits individuels ou collectifs[13]. Une offense de tout genre, détonateur de la vengeance, est suivie par plusieurs cycles de représailles entre les protagonistes, heurts qui aboutissent à un pacte.

Par-delà l'arbitraire et la vengeance, au bas Moyen Âge, des théologiens comme Thomas d'Aquin et d'autres théoriciens du pouvoir politique estimaient que la force et l'exemple pouvaient permettre d'éradiquer le crime qui contaminait la société[14] : quelle meilleure mesure exemplaire, avec recours à la force, que la spoliation. Le prince, détenteur du pouvoir judiciaire et garant de la sûreté, avait toute latitude pour contrevenir aux mauvais comportements de ses sujets et de ses hôtes.

En Italie, la spoliation et l'exclusion furent considérées, à l'époque communale, comme les artifices les plus prompts à réduire l'influence des ennemis de l'intérieur. Ainsi les marchands italiens implantés Outremont, issus des communes du Piémont et de Toscane où le gouvernement urbain était aux mains de leurs familles, étaient-ils familiers de la pratique des spoliations.

En effet, les communes d'Italie centro-septentrionale furent sujettes, aux XIIIe et XIVe siècles, aux conflits factieux et partisans, lesquels, à la victoire d'un camp, débouchaient sur le meurtre, les violences, l'exclusion et la destruction ou la spoliation des biens des vaincus[15]. Plus que le simple exercice d'une vengeance aveugle, de telles mesures coercitives avaient pu parfois acquérir un cadre légal. À Florence, la lutte entre les guelfes noirs et les guelfes blancs, qui avait abouti au bannissement des blancs, fut suivie, en novembre 1315, de la dévaluation de plusieurs blancs en gibelins rebelles, parmi lesquels Dante et ses fils. Les membres de ce groupe, considérés comme ennemis de la patrie, pouvaient être outragés dans leurs biens et leurs personnes, exemple éloquent de spoliation légale[16]. D'ailleurs, si l'on se base sur le lexique employé par Villani dans sa chronique sur Florence, l'expression usciti désigne les citoyens privés de leurs droits et spoliés d'une partie de leurs biens[17]. Dans un autre cadre, à Asti, en 1320, la famille noble des Garreti offensa et agressa physiquement le popolano Rolando Riccardi. En réaction, la société du popolo, détentrice du pouvoir communal, incendia la maison des Garreti et confisqua leurs biens[18]. On peut supposer que les Garreti n'aient pas retrouvé la totalité des biens confisqués, bref, ils ont dû être spoliés. Ces exemples suffisent à montrer les liens entre vengeance politique et spoliation, au XIVe siècle en Italie.

À l'ouest des Alpes, au haut Moyen Âge, les capitulaires royaux puis impériaux, fortement inspirés des lois barbares, prévoyaient comme peine contre les hommes libres la confiscation de leurs biens. Plusieurs siècles plus tard, des chartes de franchises du nord de la France assortissaient la peine corporelle à la confiscation des biens[19]. De telles mesures s'apparentent à une spoliation légale, si l'on s'arrête sur le binôme violence et privation. En Dauphiné et ailleurs, les banquiers-marchands juifs et italiens ne devaient leur présence qu'à l'aval du prince qui leur avait octroyé un privilège de juridiction et restait ainsi seul juge de leurs méfaits. Venons-en donc aux violences, aux confiscations et aux privations subies par les banquiers-marchands juifs et italiens, au XIVe siècle, en Dauphiné.

 

LES SPOLIATIONS EN DAUPHINÉ, SIMPLE EXEMPLE D'UN MOUVEMENT GÉNÉRAL

En Dauphiné, de la fin du XIIIe au début du XVe siècle, les hôtes juifs et italiens des dauphins ont été confrontés à trois types de spoliations, différenciées par le statut du « spoliateur ».

En premier, les représentants des dauphins - châtelains, baillis, juges et commissaires - se sont rendus coupables à maintes reprises d'exactions contre les usuriers étrangers. Le 3 août 1334, Humbert II (1333-1349) demanda à ses administrateurs du Grésivaudan d'enquêter auprès des lombards sur les exactions, les extorsions d'argent et les pots-de-vin perçus par les administrateurs du précédent dauphin [20]. Si cet décision ne nous apprend rien sur les éventuelles spoliations, elle nous révèle leur caractère fréquent. Le dauphin Jean II (1307-1319), père de Guigues VIII (1319-1333) et Humbert II, avait déjà ordonné, le 31 juillet 1318, aux administrateurs du Grésivaudan - bailli, juges et châtelains - de respecter les privilèges accordés aux lombards[21]. Témoignage de la facilité avec laquelle les représentants du dauphin pouvaient outrepasser leurs droits, en 1345 des officiers du dauphin, alors qu’ils enquêtaient sur l’activité frauduleuse des marchands italiens, abusèrent de leur fonction en arrêtant plusieurs destinataires de l’enquête et en saisissant leurs biens[22]. La confiscation des biens des lombards permettait aux officiers soit de réclamer une compensation avant restitution, soit de voler une partie des biens confisqués. Outre leur tendance à la prévarication, les officiers du dauphin pouvaient aussi agir de manière totalement arbitraire comme l'illustre la spoliation des biens et des droits du lombard Guiot Boveti à son décès, par des représentants d'Humbert II. Ses fils, Guillaume et Louis Boveti, réclamèrent la restitution de l’argent, des céréales, d’autres biens et des droits dont les représentants de leur hôte s'étaient illégitimement emparés[23]. En effet, en 1338, les privilèges et les immunités concédés à Guiot Boveti l’étaient aussi à ses héritiers[24]. Le 5 février 1342, Guillaume Boveti a remis au dauphin la décharge des biens et des droits spoliés. Évoquons maintenant les « spoliations » définitives ou temporaires dont se sont rendus coupables les dauphins envers leurs « hôtes ».

Nous avons vu que l'arme des princes pour combattre l'usure était l'expulsion des usuriers manifestes comme le prescrivait l'Église. Humbert II, dont la piété et la mansuétude à l'égard de ses sujets en firent le dauphin le plus engagé dans la lutte contre l'usure, menaça plusieurs fois les banquiers-marchands italiens et juifs d'expulsion. Toutefois, l'avis d'expulsion était toujours assorti de l'obligation de se présenter à lui afin de trouver un « terrain d'entente » entre le prince et les coupables d'usure. En 1334, Humbert II somma tous les banquiers-marchands italiens de se présenter devant lui sans quoi ils eussent été contraints de quitter le Dauphiné avec leur famille[25]. Il en fit de même, en 1338, après qu'il eut diligenté une enquête contre les abus des lumbardos judeos et alios usurarios usura diffamatos[26]. Ces convocations ont été suivies de lourdes contributions forcées mais aussi, pour le cas de celle de 1338, de la réévaluation des pensions relatives aux droits de commercer et au devoir de protection du dauphin[27]. Notons qu'aucun lombard ne semble avoir été expulsé du territoire, nous pouvons donc tirer la conclusion que l'ensemble des lombards ont obtempéré à l'injonction du prince, sachant que l'expulsion aurait été accompagnée de la spoliation de leurs biens. Si l'argument de la convocation était rationnel car s'appuyant sur la morale chrétienne et le droit canon, la contribution forcée avait-elle un caractère sacré et était-elle la plus appropriée pour faire cesser les fraudes usuraires des lombards ?

Le caractère sacré de la convocation avait fait place à des extorsions légales ainsi l'intérêt économique des princes passait parfois par une justification légale et morale de l'appropriation des biens d'autrui. Toutefois, comme le révèlent les résultats de l'enquête de 1337, les Dauphinois souffraient des montants exorbitants des usures, des fraudes usuraires et autres abus des prêteurs étrangers et autochtones. Le mauvais comportement des prêteurs a entraîné la vengeance du prince ou de ses hommes, se traduisant par les arrestations, les exactions, la confiscation des biens et la privation de droits. Tout cela pour aboutir à un pacte dont le résultat était les contributions forcées, pour retrouver leur liberté et leurs biens. Ainsi, lorsque le prince confisquait les biens des prêteurs étrangers et les menaçait d'expulsion, la spoliation constituait-elle, malgré son caractère temporaire et éventuel, l'artifice le plus efficace pour contraindre ces derniers à verser les sommes exigées, grâce à la crainte qu'elle leur procurait. Le prince revêtait l'habit du vengeur des exactions commises contre ses sujets, révélant le lien étroit entre vengeance et spoliation.

En effet, lors de ces événements, nous ne pouvons pas considérer que le dauphin a rendu la justice puisque la seule mesure susceptible de rétablir l'ordre social aurait été l'expulsion des coupables d'usure. Cependant, le prince préféra renouveler les droits d'implantation des coupables qui s'engageaient à ne plus produire de fraudes usuraires conformément au droit civil et canon ainsi qu'à leur conscience[28]. Cependant, nous pouvons nous interroger sur la capacité des contributions forcées à rétablir l'ordre public et la paix entre les prêteurs et leur clientèle. Pour preuve, en 1345, sans avoir effectué une nouvelle enquête sur les pratiques usuraires des lombards et des juifs, Humbert II décida d'expulser tous les Italiens et les juifs coupables d'usure, alors qu'il s'apprêtait à partir en croisade contre les Turcs[29]. Sans nouveaux éléments d'enquête, le dauphin savait avec certitude que nombre de banquiers-marchands italiens et juifs étaient des usuriers manifestes.

Le dauphin Charles, successeur d'Humbert II et futur Charles V de France, usa des mêmes procédés que son prédécesseur. Entre 1358 et 1359, il contraignit les lombards à lui verser 9500 florins dauphinois et trois draps d'or, alors qu'il semble qu'il avait emprisonné plusieurs lombards et confisqué leurs biens afin d'accroître son pouvoir de coercition, faisant naître de nouveau la crainte de la spoliation définitive[30]. Ce type de manœuvre est aux antipodes d'une action passionnelle et irrationnelle des masses comme cela peut se retrouver dans les pogroms. Évoquons maintenant le dernier groupe de spoliateurs, les communautés dauphinoises.

La présence des Italiens au sein d'une communauté urbaine ou proto-urbaine se faisait sous la forme d'un comptoir marchand avec à sa tête entre deux et cinq associés, pas toujours présents sur place, et plusieurs employés. Les Juifs pouvaient être présents en communauté de 10 à 50 personnes. En Dauphiné, peu de documents relatent l'existence systématique de juiveries[31], ce qui conforte l'idée que les juifs étaient mêlés aux chrétiens, preuve d'une relative tolérance. Les abus usuraires des professionnels du crédit ont-ils engendré des débordements ?

Concernant les Italiens, les archives dauphinoises recèlent peu de documents relatifs à des exactions et des spoliations commises par la population. Toutefois, en 1324, à Saint-Lattier, entre Saint-Marcellin et Romans-sur-Isère, de la monnaie a été tractis et manu levatis aux lombards par des habitants du lieu. Malgré leur qualité de spoliateurs, ces derniers semblent avoir agi sous l'autorité de leurs seigneurs, en partie bénéficiaires du délit[32]. Seul véritable témoignage d'une spoliation effectuée par des « clients » des lombards, il en fut différemment à l'encontre des juifs, prêteurs et autres, à partir de 1348, début de la Peste Noire en Dauphiné.

Avant cette date, malgré quelques événements locaux, les Dauphinois ne faisaient pas preuve d'une grande aversion envers les juifs. Au contraire, il leur arrivait de vivre en bonne entente, pour preuve la désignation de Léon, marchand juif établi à Upaix, pour représenter la commune lors de la confirmation et de l’augmentation de la charte des libertés d’Upaix, en 1263[33].

La folie meurtrière des Dauphinois contre les juifs, accusés d'avoir propagé la peste par l'empoisonnement des puits et des fontaines, se généralisa à l'ensemble du territoire, à partir de mai 1348. Le massacre des Juifs était accompagné de la spoliation de leurs biens, comme à Sainte-Euphémie où les juifs avaient été emprisonnés. Les habitants brisèrent la porte de leurs geôles et les tuèrent tous, puis mirent à sac leurs demeures, s'appropriant certainement par ce moyen leurs biens[34]. Alors que de tels débordements étaient une initiative populaire, le dauphin, ses représentants et d'autres seigneurs ont profité de ces accusations pour spolier les biens des juifs défunts ou vivants. Le 4 juillet 1348, en réponse à la vindicte populaire, le dauphin confisqua tous les biens des Juifs de la baronnie de La Tour et, selon Auguste Prudhomme, en fit la distribution à ses familiers[35]. Le recouvrement des créances confisquées a été confié au châtelain des lieux d'accueil des communautés spoliées. Pour en finir avec ces événements tragiques, le dauphin attribua au prieur de Montfleury l'ensemble des biens confisqués aux juifs du mandement éponyme[36]. Les a-t-il restitués ? Ces quelques exemples suffisent à montrer que les spoliations pouvaient se généraliser lorsqu'elles étaient guidées de concert par l'irrationnel et le rationnel, le premier impulsant parfois le second ou vice versa. Un tel phénomène a contaminé l'ensemble des terres chrétiennes abritant des communautés juives qui ont été touchées par la Peste Noire.

Pour le cas des lombards, le rationnel, en l'occurrence les prescriptions émises lors du concile de Vienne - 1311-1312 -, a aussi pu engendrer l'irrationnel. Dans les Flandres où régnait un climat de chasse aux sorcières pour reprendre les mots de Renato Bordone, la table de crédit de Saint-Trond a été saccagée par les habitants[37]. Inversement, l'exaspération générale d'une clientèle qui se sentait abusée par leurs créanciers pouvait conduire les pouvoirs publics, prompts à tirer parti de la mauvaise humeur populaire, à spolier et à confisquer les biens des banquiers-marchands ou tout au moins les contraindre à verser de lourdes amendes. En Forez, les lombards durent quitter Montbrison, le 1er octobre 1325, un sergent royal tenait leurs biens « de la main du roi »[38]. En Hainaut, en 1382, le comte dépêcha plusieurs représentants pour s'informer de l'honnêteté des lombards avec pour objectif de les faire payer. En cas de refus, ils pouvaient les contraindre par corps et vendre leurs biens. Ainsi, les lombards ont-ils été contraints de monnayer leur liberté, comme l'évoque Paul Morel : ils reprirent par l'usure ce qu'on leur enlevait par la spoliation[39].

Si l'on envisage les diverses « spoliations » dont ont été victimes les Italiens et les Juifs, en Dauphiné, les deux groupes ont eu plus à souffrir du prince et de ses représentants que de leur clientèle. En effet, malgré le désordre généré par une pratique du crédit souvent immorale, tous étaient conscients de sa nécessité. Dans le cas des lombards, plusieurs plaintes émises en 1337 les dévoilent comme spoliateurs. Par exemple, Johanes Micaheli s'est plaint que les créanciers lombards de son père lui ont saisi, lors de la foire de Saint-Marcellin, un sac de noix[40]. Un autre plaignant, Bertanus Gaii , a affirmé que, pendant la moisson, les lombards ont saisi des céréales sur l'aire de moissonnage de ses frères, sans effectuer de réelles mesures. Selon lui, la valeur des céréales saisies n'a pas été déduite de la créance[41].

Concernant les Juifs, c'est nullement leur qualité de prêteurs qui a été à l'origine de la vague de violence, à partir de 1348. Au contraire, le crédit les plaçait au cœur de leur communauté d'accueil comme l'évoque Joseph Shatzmiller pour Marseille[42]. Les spoliations de 1348 et des années suivantes ont été provoquées par d'autres facteurs que l'opprobre jetée par la pratique du crédit. Les violences ont été induites par deux facteurs : l'infidélité des juifs, que l'on accablait de toutes les déviances ; l'ignorance des populations quant à l'origine de l'épidémie et à son mode de transmission. Ainsi, ce comportement a-t-il été guidé par la peur et les représentations sociales générées par la vérité de référence. Notons aussi qu'en cas de catastrophe, la société médiévale cherchait des coupables pour expliquer l'origine des fléaux divins, l'infidélité juive était régulièrement choisie comme cause, de même, pouvait l'être la pratique de l'usure par des chrétiens[43]. Toutefois, aucune violence ne semble avoir été commise contre les usuriers chrétiens lors de la Peste Noire, en Dauphiné, les juifs étant les coupables désignés par tous. Malgré le caractère souvent inévitable des violences et des spoliations, les juifs comme les lombards ont su parfois faire preuve de résistance.

 

L'ATTITUDE DES SPOLIÉS PARTAGÉE ENTRE RÉSISTANCE ET SOUMISSION

Comme nous l'avons vu, le dauphin était le protecteur des juifs et des Italiens qui, malgré l'exercice d'une activité prohibée ou tout au moins très encadrée, devaient être protégés des exactions commises par les Dauphinois de tout rang.

Guillaume et Boniface Boveti, spoliés de leur héritage par des officiers delphinaux, se sont directement adressés à leur protecteur pour obtenir la restitution de leurs biens, requête entendue par Humbert II. De même, en réaction à leur spoliation, les lombards de Saint-Lattier ont adressé une requête au dauphin qui désigna un collège de médiateurs. La médiation a abouti au remboursement des sommes arrachées par la communauté sur ses fonds propres ; les seigneurs du lieu, bénéficiaires des spoliations, n'ont eu à rembourser aucune des sommes perçues. Ce fut donc les intermédiaires et non les commanditaires qui furent « inculpés ». En 1344, tandis que plusieurs lombards avaient été arrêtés et séquestrés par les représentants du dauphin sans son aval, Antoine de Girondo, un lombard proche du pouvoir, fut désigné par ses pairs pour réclamer au dauphin la libération des détenus[44]. Tant à une échelle individuelle que collective, les marchands italiens savaient faire valoir leurs droits, forts aussi de l'accointance de certains d'entre eux avec les autorités publiques. En Flandres, après le saccage de la casane de Sainte-Trond, les lombards se sont adressés au pape alors que les pouvoirs publics ne semblaient pas vouloir répondre aux exactions[45]. Les marchands italiens, forts de leurs privilèges et de leurs amitiés, savaient résister à l'arbitraire princier. Toutefois, cela n'était pas toujours possible comme le prouvent les mesures des rois d'Angleterre et de France, surtout Philippe le Bel, prises à leur encontre aux XIIIe et XIVe siècles[46].

Les juifs se trouvaient dans une autre position. En effet, aux XIIIe et XIVe siècles, les princes chrétiens, roi de France en tête, n'ont pas hésité à les expulser avec tout le lot de peines associées : violences et spoliations[47]. Aussi, étaient-ils dans une configuration et un état d'esprit différents, conscients de la fragilité de leurs privilèges et de leur statut d'hôtes. Par mémoire et par dépit, ils se soumettaient plus qu'ils ne résistaient. Pour les Juifs originaires du royaume de France, arrivés en Dauphiné après leur expulsion en 1306, le souvenir de cet événement et des expulsions précédentes devait encore être présent. Aussi ont-ils toujours répondu par la soumission à la rapacité des dauphins comme l'évoque Auguste Prudhomme[48]. La Peste Noire signifia la fin de plusieurs décennies de relative quiétude.

De manière générale, les spoliations subies par les prêteurs italiens ont été plus temporaires que définitives. Lorsqu'elles étaient conduites par les représentants prévaricateurs du dauphin, elles s'arrêtaient souvent à l'extorsion d'argent. Mais, lorsqu'elles prenaient trop d'ampleur, les spoliés s'en remettaient au prince qui seul pouvait rétablir leurs droits. Le dauphin, légitime combattant de l'usure, faisait craindre les spoliations et l'exclusion pour aboutir à une contribution forcée assimilable à une amende. Ainsi, la spoliation constituait-elle un outil de dissuasion. Les prêteurs juifs étaient soumis aux mêmes mesures vexatoires. Toutefois, prêteurs et autres, les juifs ont subi de plus lourdes spoliations, non en raison de leur culpabilité d'usure mais plutôt de leur infidélité identifiée comme une source de fléaux. Nous pouvons constater qu'en Dauphiné, la spoliation s'insérait dans la mécanique du pacte entre chrétiens, alors qu'entre chrétiens et juifs, elle constituait le pendant économique de la folie meurtrière.

 

L'auteur

Diego Deleville est titulaire d'un doctorat en histoire médiévale, obtenu à l'université Pierre Mendès-France de Grenoble en février 2010. Ses travaux se concentrent sur les Italiens établis en Dauphiné, à partir du XIIIe siècle, avec le crédit et l'intégration des néo-arrivants pour fil conducteur.

 

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Notes

[1] Selon Jacques de Vitry, prédicateur français de la première moitié du XIIIe siècle, « Dieu a ordonné trois genres d’hommes, les paysans et autres travailleurs pour assurer la substance des autres, les chevaliers pour les défendre, les clercs pour les gouverner, mais le diable en a ordonné une quatrième, les usuriers...  ». Cf., LE GOFF Jacques, 1986, La bourse et la vie, Paris, Hachette, p. 61.

[2] Se faisant le relais des théologiens et moralistes du XIVe siècle, Philippe de Mézières évoque dans sa pièce La Présentation de la Vierge au Temple quatre arguments qui poussaient les chrétiens à maintenir les juifs parmi eux : leur présence permettait de ne pas oublier la Passion ; l'espoir de leur conversion future car selon saint Paul, « les juifs seront les derniers à se convertir avant le retour du Christ » ; ils prêtaient de l'argent aux chrétiens ; les chrétiens ne se rendaient ainsi pas coupables du péché d'usure. Cf., L'HERMITE LECLERC Paulette, 2004, " Les Juifs et Synagogue chez Philippe de Mézières ", L'expulsion des Juifs de France, 1394, G. Dahan dir., Les éditions du Cerf, Paris, p. 135-174.

[3] Pour une vue d'ensemble de la genèse de la principauté dauphinoise, se référer à FAVIER René (dir.), 2008, Nouvelle histoire du Dauphiné, , Grenoble, Glénat. Au sujet de l'arrivée des banquiers-marchands en Dauphiné, ses causes et ses conséquences : DELEVILLE Diego, 2010, Les Italiens en Dauphiné à la fin du Moyen Âge. Étude prosopographique, Thèse de doctorat dirigée par D. Rigaux, Grenoble II.

[4] CHEVALIER Ulysse, 1917, Regeste dauphinois, t. III, Valence, n° 16 939.

[5] Le bourg de Nyons, actuellement dans le département de la Drôme, accueillait déjà, avant 1322, une colonie juive comme l'indique le compte de châtellenie de 1322 dans lequel sont consignées deux pensions relatives à une présence juive, l'une versée par les antiquorum judeorum, l'autre de judeis advenis de comitatu venayssini. Le chevauchement de deux communautés juives n'aboutissait pas obligatoirement à leur intrication, des ressentiments pouvant naître entre l'ancien et le nouveau groupe : SHATZMILLER Joseph, 1986, " La solidarité juive au Moyen Âge et ses limites : histoire et contre-histoire ", Minorités et marginaux en France méridionale et dans la peninsule ibérique (VIIe-XVIIIe siècles), Paris, p. 413-427.

[6] DELEVILLE Diego, op. cit., p. 309-311.

[7] Item Laurentius de Montilis asserit juramento suo debet dictis lumbardis IIII gros. tur. et habuerunt tam ab ipso quod a patro suo de usura usque ad valorem XL s. gros. tur. volunt sibi reddere literas de quibus soluti. Cf., Archives départementales de l'Isère, B 4344, n° 9, f° 7.

[8] PIRON Sylvain, 2005, " Le devoir de gratitude, émergence et vogue de la notion d'antidora au XIIIe siècle ", Credito e usura tra teologia, diritto e amministrazione. Linguaggi  a confronto, D. Quaglioni, G. Todeschini et G. M. Varanini dir., Rome, École française de Rome, p. 73-101.

[9] Depuis la seconde moitié du XXe siècle, l'analyse scolastique des échanges au Moyen Âge est au cœur du débat historique, l'idéologie du crédit, de la richesse et l'éthique économique en sont des questions centrales, citons quelques ouvrages : NOONAN John, 1957, Scholastic Analysis of usury, Cambridge; DE ROOVER Raymond, 1971, La pensée économique des scolastiques. Doctrines et méthodes, Montréal, Institut d'études médiévales; LE GOFF Jacques, 1986, La bourse et la vie, Paris, Hachette ; LANGHOLM O., Economics in the medieval schools. Wealth, exchange, value, money and usury according to the Paris theological tradition, 1200-1350, Leyde, Brill, 1992 ; Ideologia del credito fra Tre e Quattrocento,  dall' Astesano ad Angelo da Chivasso, 2001, B. Molina et G. Scarcia dir., Centro studi sui lombardi e sul credito nel Medioevo, Asti ; TODESCHINI Giacomo, 2002, I mercanti e il tempio : la società cristiana e il circolo virtuoso della ricchezza fra Medioevo ed Età Moderna,  Bologne, Il Mulino ; TODESCHINI Giacomo, 2008, Richesse franciscaine : de la pauvreté volontaire à la société de marché,  trad. de l'italien par N. Gailius et R. Nigro, Verdier.

[10] Pour avoir une vue d'ensemble des liens entre la curie pontificale avignonnaise et les grandes compagnies marchandes italiennes :  RENOUARD Yves, 1941, Les relations des papes d’Avignon et des Compagnies commerciales et bancaires de 1316 à 1378, Paris, Bibliothèque des écoles françaises d’Athènes et de Rome.

[11] « Et luy est permis et licite, les spolier de leurs biens, les deposseder de leurs royaulmes, les proscrire, les anathematizer, », Cf., RABELAIS François, Pantagruel, IV, 50. Citation extraite de LITTRÉ Émile, 2003, Dictionnaire de la langue française, édition numérique, Paris, Redon.

[12] PARISSE Michel (dir.), 2006, Lexique Latin-Français, Antiquité et Moyen Âge, Paris, Picard, p. 631.

[13] BARTHÉLEMY Dominique, 2001, " La vengeance, le jugement et le compromis ", Le règlement des conflits au Moyen Âge, Paris, Publications de la Sorbonne, p. 11-20.

[14] GAUVARD Claude, 2002, " Peine ", Dictionnaire du Moyen Âge, dir. ZINK Michel, Paris, PUF, p. 1064.

[15] Au  sujet des structures du pouvoir en Italie et ses évolutions, du haut au bas Moyen Âge, je vous renvoie à une synthèse de la question : TABACCO Giovanni, 2005, L'Italie médiévale. Hégémonies sociales et structures du pouvoir, trad. C. Orsat, Chambéry, Université de Savoie. Sur le poids des antagonismes au sein des communes d'Italie centro-septentrionale, je citerai une étude de cas, relative à la ville de Florence une des mieux documentées : BRUNI Francesco, 2003, La città divisa. Le parti e il bene comune da Dante a Guicciardini, Bologne, Il Mulino.

[16] À la fin du XIIIe siècle apparaît à Florence une division au sein du parti guelfe, les noirs et les blancs. L'antagonisme entre deux clans familiaux et leurs alliés est au centre de cette division. Cf., DEL LUNGO Isidoro, 1321, I Bianchi e i Neri, pagine di storia fiorentina da Bonifazio VIII ad Arrigo VII per la vita di Dante, Milan, Hoepli.

[17] HEERS Jacques, 1981, Les parties et la vie politique dans l'Occident médiéval, Paris, PUF, p. 162-163.

[18] BIANCO A., 1967, Asti Medioevale, 2e éd., Asti, Cassa di risparmio di Asti, p. 226.

[19] GONTHIER Nicole, 1998, Le châtiment du crime au Moyen Âge, Rennes, Presses Universitaires de Rennes.

[20] CHEVALIER Ulysse, 1921, Regeste dauphinois, t. V, Valence, n° 27065.

[21] Archives départementales de l'Isère, B 2977, f°616v°-618.

[22] Humbertus Dalphinus vienum. Dilectis nostris fidelibus comissarum generalibus in Gresivaudis bayllivia deputatis saluit, cum pro certis causis lombardos Gratianopolis, Visilie, Mure et Oysencio seu eorum procuratores habentes ab eis potestatem, ad nos mandaverimus breviter praeventuros volumus et mandamus vobis expresse quatis ab omnibus inquisitionibus, processibus, arrestationibus personarum et bonorum aliis quod molestationibus contra eos et eorum socios quomodolibet faciendis supersedeatis omnio et pignora res et bona eorum capta saysita seu alia arrestata dessaysiatis et deliberatis eisdem donec aliud a nobis super hoc habueritis in mandatis. Cf., Archives départementales de l'Isère, B 3245, f° 49v°.

[23] Archives départementales de l'Isère, B 4408, f° 315.

[24] En 1338, Humbert II renouvela pour dix années les droits des associations marchandes italiennes dont celle de Guiot Boveti et ses associés : Gonradus Vagnonis  et Anthonius de Crosa dictus Roca pro se et Guiotino Anthonio et Matheo Boveti et pro Gineto et Gorrado Greselli pro domibus Sonne Sancti Marcellini Sancti Nazarii Sancti Stephani  Moyrenci Buxi Roybonis ac pro heredibus et sucessoribus eorumdem... Cf., Archives départementales de l'Isère, B 3243, f° 56.

[25] CHEVALIER Ulysse, 1921, Regeste dauphinois, t. V, Valence, n° 28816.

[26] Archives départementales de l'Isère, B 3005, f° 245v°.

[27] Globalement, la majoration des pensione lumbardorum s’éleva à 290,5 %. La somme des « contributions forcées » perçues de l'ensemble des lombards s'élève à 3787,5 florins dauphinois. Cf., DELEVILLE Diego, op. cit., p. 267-268.

[28] Humbert confirma aux lombards de Nyons et Sainte-Jalle les immunités et franchises per eum et eius praedecessorum inquantum secundum deum et secundum jura canonica et civilia at secundam bonam consientiam processerunt et procedunt. Cf., Archives départementales de l'Isère, B 3243, f° 65v°.

[29] Item capientes usurarum vicium que subditorum subtantia corrodunt ac personas affectas huiusmodi peccato de terra nostra penitus extirpare et ordinamus atque mandamus quod omnes et singuli judei et lombardi habuerint ad diem proximi parasceve domini exeant dalphinatum meum nullatenus ex tunc redituri vel moraturi exceptos dum taxat lombardis qui a praedictis penitus abstinerent et jurarent in manu dicti locum tenens noster se ulterius tacite vel expresse non participare vel contrahere in contractibus usurariis sub bonis penis si contractum facerent omittendis. Cf., Archives départementales de l'Isère, B 3008, f° 478.

[30] Archives départementales de l'Isère, 8 B 375, f° 31-34v°. Preuve de la confiscation des biens de certains lombards, le compte de la châtellenie de Voiron de 1357-1359 contient cette mention : De gabella et censiva lombardorum non computat quia dicta gabella est affirmata cum aliis gabellis viennesii et bona lombardorum sunt ad manos domini. Cf., Archives départementales de l'Isère, 8 B 51, f° 32v°.

[31] POUVREAU Florent , 2002, " Vicinus judeus noster ". Les Juifs dans la société dauphinoise à la fin du Moyen Âge, Mémoire de maîtrise sous la dir. de D. Rigaux, Grenoble.

[32] CHEVALIER Ulysse, 1926, Regeste dauphinois, t. VII, Valence, n° 3345.

[33] Quam libertatem seu franchisiam promictimus per nos et nostros heredes atque successores, Leoni, judeo, filio quondam Abrae, judei, mercatori de Upasio, recipiendi nomine suo et aliorum hominum nunc presencium et qui fuerint per futuris temporibus in dicto castro,mandamento et territorio ipsius, custodire, manutenere, deffendere et servare ab omni homine et persona. Cf., ROMAN  Joseph, 1885, " Chartes de libertés et de privilèges de la région des Alpes ", Nouvelle  revue historique du droit français et étranger, 9, p. 436-659.

[34] PRUDHOMME Auguste,1882, Les juifs en Dauphiné aux XIVe et XVe siècle, p. 27-34.

[35] Ibid.

[36] Ibid.

[37] BORDONE Renato, 2003, " Lombardi come « usurai manifesti », un mito storiografico ? ", Storia e società, 100-1, p. 255-272.

[38] FOURNIAL Étienne, 1967, Les villes et l'économie d'échange en Forez aux XIIIe et XIVe siècles, Paris, Presses du Palais Royal, p. 257.

[39] MOREL Paul, 1908, Les Lombards dans la Flandre française et le Hainaut, Lille, p. 24-25.

[40] Item conqueritur super eo quod pro dictis debitis patris sui condam lumbardi in foro […] Sancti Marcellini, sibi abstulerunt seu anserini facerunt unum cantale nucleorum quid tunc vendebatur X s. et saccum et totum retinuerunt. Cf., Archives départementales de l'Isère, B 3005, f° 260.

[41] Item quod anno quolibet dicti lumbardi blada dictorum fratrum, tempore messium flagellam fecerint et in area ipsa blada caperint et secum […] aliquotiens cum mensura et aliquotiens sine mensura in termini quod dicti fratres inde nullum computum scire possunt et taliter quod de praedictis pecunia et bladis, dictis fratibus nullum computum facerint nec aliquid eis deducunt. Cf., Archives départementales de l'Isère, B 3005, f° 267v°.

[42] SHATZMILLER Joseph, 2000, Shylock revu et corrigé. Les juifs, les chrétiens et le prêt d’argent dans la société médiévale, Paris, Les Belles Lettres.

[43] NIRENBERG David, 1996, Communities of Violence, Princeton, Princeton University Press.

[44] Archives départementales de l'Isère, B 2613, f° 423v°.

[45] BORDONE Renato, 2003, " Lombardi come « usurai manifesti », un mito storiografico ? ", Storia e società, 100-1, p. 255-272.

[46] BAUTIER Robert-Henri, " Les lombards et les problèmes du crédit en France au XIIIe et au XIVe siècles ", Rapporti culturali ed economici fra Italia e Francia nei secoli dal XIV al XVI, Rome, Giunta centrale per gli studi storici, 1979, p. 9-33 ; BORDONE Renato, SPINELLI Franco (dir.), 2005, Lombardi in Europa nel Medioevo, Milan, Franco Angeli.

[47] Pour un état de la question et de l'historiographie : KOHN S. Roger, 2004, " Les Juifs en France du Nord dans la seconde moitié du XIVe siècle, un état de la question " , L'expulsion des Juifs de France, 1394, G. Dahan dir., Paris, Les éditions du Cerf, p. 14-29.

[48] PRUDHOMME Auguste, op. cit, p. 27.

Pour citer cet article :

Référence électronique

DELEVILLE Diego, « La spoliation des prêteurs italiens et juifs en Dauphiné au XIVe siècle : entre légalité et arbitraire. », Confrontations, 02 |2010, [en ligne], mis en ligne le 24 mai 2010.URL : http://revue-confrontations.org/index.php/component/content/article/6-article3/17-spol2#anc22

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